Il fait venir, en toute hâte, de Constantinople, un groupe, — trié, comme on dit, sur le volet, — d’ex-gardiens du sérail, licenciés depuis le si tragique décès du feu sultan.

Ces types orientaux, revus de bonne heure, on le sait, par les entrepreneurs coptes, sont blancs, beaux, intrépides et athlétiques : ils doubleront leurs précédents collègues, pour les personnes timides. Une particularité morale qui leur est commune les dispense de la formalité de l’élixir d’Oubli.

Mustapha-ben-Ismaïl, séduit par l’innovation turque de l’idée, acceptait déjà de nous céder, assure-t-on, les deux superbes échantillons que toute la presse a rendus les lions du jour ; mais, par un scrupule de conscience, l’Agence a refusé de les acquérir « à cause de leur couleur sombre. »

A la nouvelle de cette Annexe, la joie du monde brillant est devenue sans mélange : nos élégantes raffolent déjà de leurs futurs « patitos » et les « actions » (ironie !) des jeunes décavés ont baissé quelque peu.

Le dernier mot du bon goût sera, pour ces dames, d’être aux petits soins avec leurs illusoires Sigisbés, et pleines d’attentions charmantes !... — de les combler de petits cadeaux, de sucreries, de ces mille dédommagements délicats que le sexe enchanteur, hors de pair dans toutes ces questions de tact, sait si bien imaginer.

Au surplus, une délégation de jeunes inconstantes, nanties de bouquets symboliques, attendra, sur la plage de Nice, à l’ombre des frais orangers, le vaisseau qui nous amène ces courageux incompris. Les folles exquises leur ménagent une ovation ! Voilà bien l’engouement de Françaises pour tout ce qui est nouveau !

Elles veulent s’efforcer de leur faire oublier « la patrie » à ces enfants gâtés !

— Hum ! ce sera difficile.

Chacun aime, en effet, le sol qui l’a vu naître, le pays où son enfance reçut les premiers soins, où les yeux, en s’ouvrant au jour, aperçurent des regards amis lui souriant autour de son berceau.

Oui, certaines impressions d’enfance sont ineffaçables.