En tous cas, s’ils se font naturaliser, voilà des électeurs qui vont réclamer la révision de leurs constitutions avec des cris de paon.
— Allah ! Allah ! oh ! l’Allah !
Cela va renforcer la majorité sénatoriale. La gauche prétend déjà que ce sera le chant du cygne de l’Opportunisme. L’étonnant sera qu’après un certain nombre de bruyants procès, chacun de ces messieurs de Byzance pourra s’être acquis, sans efforts, un renom de nature à éclipser la gloire de don Juan ! Voilà, pourtant, comme on écrit l’Histoire.
Et, déjà, quel foudroyant succès ! Craignant de ne pouvoir suffire aux commandes, cet hiver, le major télégraphie tous les soirs en Asie, afin de parer à toute éventualité.
Allons, messieurs, la main aux dames ! Prenez vos billets à l’agence du Chandelier d’Or ! Et puisque le Sénat le permet, que tout finisse par des chansons !
LA LÉGENDE DE L’ÉLÉPHANT BLANC
L’an dernier, lord W*** résolut de doter le Zoological Garden d’un véritable éléphant blanc.
Fantaisie de grand seigneur.
Londres venait d’acquérir, à grands frais, un éléphant gris-poussière, clairsemé de taches rosées ; mais cette prétendue idole indo-chinoise n’était, à dire d’experts, que de qualité douteuse. D’après eux, le prince birman qui, moyennant un million, l’avait accordée à l’avisé Barnum, avait dû, pour surfaire l’animal, feindre le sacrilège de ce trafic... ou, plutôt, si le Zoological Garden avait accordé la moitié seulement de ce prix, le fameux puffist devait être, à coup sûr, maintes fois rentré dans ses réels débours.
En effet, si, dans plusieurs parages de la Haute Asie, tel pachyderme de cette espèce plus que rare est revêtu du caractère sacré qui lui confère une souveraine valeur, c’est au seul cas où, dûment albinos, il n’éveille que l’idée très pure d’une ambulante et intacte « colline de neige » ; quant aux éléphants de couleur imprécise, ou mouchetés de tares quelconques, ils n’y sont honorés que d’une superstition très vague, sinon tout à fait nulle.