Au ton de ces paroles, je sentis, d’une manière confuse, que je rêvassais béatement au milieu de quelque grand péril. Si l’on s’enfuyait avec cette hâte, c’était, à n’en pas douter, que le terrible de la chose inconnue — devait être imminent !
Le cœur oppressé par une anxiété mortelle, je repoussai la mulâtresse et je saisis, à tâtons, les allumettes dans le chandelier. — Ah ! ne seraient-elles pas bientôt consumées ? Je fouillai très vite ma poche, j’y trouvai un journal encore plié, que j’avais acheté à Bordeaux. Je le tordis, dans l’obscurité, en forme de torche, et je frottai fiévreusement contre le bois du chevet toutes les allumettes à la fois.
Le fumeux soufre mit du temps à brûler ! Enfin, le destin me permit d’allumer mon flambeau de hasard, — et je regardai dans la chambre.
Le bruit s’était arrêté.
Rien ; je ne voyais rien ! que moi-même, reflété dans la glace de cette vieille armoire et, derrière moi, l’enfant, debout maintenant sur le lit, le dos collé à la muraille, les mains aux doigts écartés posées à plat contre la maçonnerie blanche, les yeux dilatés, fixes, regardant quelque chose... que l’excès même de mon saisissement m’empêchait d’apercevoir.
Soudain, je renversai la tête suffoqué d’une horreur si glaçante que je crus m’évanouir. Qu’avais-je distingué là-bas, dans la glace, reflété aussi ? Mais je n’osais positivement pas ajouter créance au témoignage affolé de mes prunelles ! Ah ! démons ! Je regardai encore et, — oui, je me sentis défaillir à nouveau : mes yeux s’étant rivés, pour ainsi dire, sur l’objet évident qui réapparaissait, à présent, dans la chambre !
Ah ! c’était donc là le trésor de mon ami, le pieux lieutenant Gérard, — le bon fils, qui priait sans doute en cet instant dans sa cabine ! De désespérés pleurs d’angoisse me voilèrent affreusement les yeux.
Autour des quatre pieds de la grande armoire et lié par un entrecroisement de fines garcettes de marine, était enroulé un constrictor de l’espèce géante, un formidable python de dix à douze mètres tel qu’il s’en trouve, parfois, sous les hideux nopals des Guyanes.
Réveillé de son tiède sommeil par la douleur des cordes, l’effroyable ophidien s’était, par un lent glissement, coulé de trois mètres et demi environ hors des nœuds qui le desserraient d’autant.
Ce long tronçon de la bête, c’était donc le balancier vivant qui heurtait, tout à l’heure, les murs, à droite et à gauche, pour s’étirer, davantage de ses entraves, pendant ce minuit !