Joueuse avec ses guerrières, des soirs, sous la tente ou dans les jardins de ses palais, si l’une d’entre elles, d’une charmante parole, s’émerveillait des infinis désirs qu’élevait, sur ses pas, l’héroïque maîtresse du Habad, Akëdysséril riait, de son rire mystérieux.
Oh ! posséder, boire, comme un vin sacré, les barbares et délicieuses mélancolies de cette femme, le son d’or de son rire, — mordre, presser idéalement, sur cette bouche, les rêves de ce cœur, en des baisers partagés ! — étreindre, sans parole, les fluides et onduleuses plénitudes de ce corps enchanté, respirer sa dureté suave, s’y perdre — en l’abîme de ses yeux, surtout !... Pensées à briser les sens, d’où se réfléchissait un vertige que ces augustes regards de veuve, aux chastetés désespérées, ne reflèteraient pas. Son être, d’où sortait cette certitude désolatrice, inspirait, au fort des assauts et des chocs d’armées, aux jeunes combattants de ses légions, des soifs de blessures reçues là, sous ses prunelles.
Et puis, de tout le calice en fleur de son sein, d’elle entière, s’exhalait une odeur subtile, inespérée ! enivrante — et telle... que, — dans l’animation, surtout des mêlées, — un charme torturait autour d’elle ! excitant ses défenseurs éperdus au désir sans frein de périr à son ombre... sacrifice qu’elle encourageait, parfois, d’un regard surhumain, si délirant qu’elle semblait s’y donner.
C’étaient, dans la brume radieuse de ses victoires, des souvenirs d’elle seule connus et qui s’évoquaient en ses sommeils.
*
Telle apparaissait Akëdysséril, à l’entrée, maintenant de la citadelle. Un moment elle écouta, peut-être, les paroles de bienvenue et d’amour dont la saluèrent les seigneurs ; puis, sur un signe imperceptible, les chars de ses guerrières, avec le fracas du tonnerre, franchirent les voûtes et s’irradièrent sur la place de Kama. Les clameurs d’allégresse de son peuple l’appelaient : poussant donc son éléphant noir sous le porche de Surate et sur les tapis étendus, la souveraine du Habad entra dans Bénarès.
Soudainement, ses regards tombèrent sur l’avenue décriée au fond de laquelle s’accusait, dans l’éloignement, l’antique, l’énorme façade écrasée du temple de Sivà.
Tressaillant — d’un souvenir, sans doute — elle arrêta sa monture, jeta un ordre à ses éléphantadors qui déplièrent les gradins de l’hodah sur les flancs de l’animal.
Elle descendit légèrement. — Et voici que, pareils à des êtres évoqués par son désir, trois phaodjs, en turbans et en tuniques noirs, — délateurs sûrs et rusés — chargés, certes ! de quelque mission très secrète pendant son absence, surgirent, comme de terre devant elle.
On s’écarta, d’après un vœu de ses yeux. Alors, les phaodjs inclinés autour d’elle chuchotèrent, l’un après l’autre, longtemps, longtemps, de très basses paroles que nul ne pouvait entendre, mais dont l’effet sur la reine parut si terrible et grandissant à mesure qu’elle écoutait, que son pâlissant visage s’éclaira, tout à coup, d’un affreux reflet menaçant.