Elle se détourna ; puis, d’une voix brusque et qui vibra dans le silence de la place muette :
— Un char ! s’écria-t-elle.
Sa favorite la plus proche sauta sur le sol et lui présenta les deux rênes de soie tressée de fils d’airain.
Bondissant à la place quittée :
— Que nul ne me suive ! ajouta-t-elle,
Et, de ses yeux fixes, elle considérait l’avenue déserte. Indifférente à la stupeur de son peuple, au frémissement où elle jetait la ville interdite, Akëdysséril, précipitant ses chevaux à feu d’étincelles, renversant les psylles terrifiés, écrasant des serpents sous la lueur des roues, s’enfonça, toute seule, flèche lumineuse, sous les noirs ombrages de Sivà, qui prolongeaient l’horreur de leur solitude jusqu’au temple fatal.
On la vit bientôt décroître, dans l’éloignement, devenir une clarté, — puis, comme une scintillation d’étoile...
Enfin, tous, confusément, l’aperçurent, lorsque, parvenue à l’éclaircie septentrionale, elle arrêta ses chevaux devant les marches basaltiques au delà desquelles, sur la hauteur, s’étendaient les parvis du sanctuaire et ses colonnades profondes.
Retenant, d’une main, le pli de sa robe d’or, elle gravissait, maintenant, là-bas, les marches redoutées.
Arrivée au portail, elle en heurta les battants de bronze du pommeau de son cimeterre, et de trois coups si terribles, que la répercussion, comme une plainte sonore, parvint, affaiblie par la distance, jusqu’à la place de Kama.