Au troisième appel, les mystérieux battants s’ouvrirent sans aucun bruit. Akëdysséril, comme une vision, s’avança dans l’intérieur de l’édifice.
Quand sa personne eut disparu, les hautes mâchoires métalliques, distendues à ses sommations, refermèrent leur bâillement sombre sur elle, poussées par les bras invisibles des saïns, desservants de la demeure du dieu.
*
La fille de Gwalior, au dédain de tout regard en arrière, s’aventura sous les prolongements des salles funestes que formaient les intervalles des piliers, — et le froid des pierres multipliait la sonorité de ses pas.
Les derniers reflets de la mort du soleil, à travers les soupiraux creusés, du seul côté de l’Occident, au plus épais des hautes murailles, éclairaient sa marche solitaire. Ses vibrantes prunelles sondaient le crépuscule de l’enceinte. — Ses brodequins de guerre, sanglants encore de la dernière mêlée (mais ceci ne pouvait déplaire au dieu qu’elle affrontait), sonnaient dans le silence. De rougeoyantes lueurs, tombées obliquement des soupiraux, allongeaient sur les dalles les ombres des dieux. Elle marchait sur ces ombres mouvantes, les effleurant de sa robe d’or.
Au fond, sur des blocs — entassés — de porphyre rouge, surgissait une formidable vision de pierre, couleur de nuit.
Le colosse, assis, s’élargissait en l’écartement de ses jambes, configurant un aspect de Sivà, le primordial ennemi de l’Existence Universelle. Ses proportions étaient telles que le torse seul apparaissait. L’inconcevable visage se perdait, comme dans la pensée, sous la nuit des voûtes. La divine statue croisait ses huit bras sur son sein funèbre, — et ses genoux, s’étendant à travers l’espace, touchaient, des deux côtés, les parois du sanctuaire. Sur l’exhaussement de trois degrés, de vastes pourpres tombaient suspendues entre des piliers. Elles cachaient une centrale cavité creusée dans le monstrueux socle de Sivà.
Là, derrière les plis impénétrables, s’allongeait, disposée en pente vers les portiques, la Pierre des Immolations.
Depuis les âges obscurs de l’Inde, à l’approche de tous les minuits, les brahmes sivaïtes, au grondement d’un gong d’appel, débordaient de leurs souterraines retraites, entraînant au sanctuaire un être humain — qui, parfois, était accouru s’offrir de lui-même, transporté du dédain de vivre. Aux circulaires clartés des braises seules de l’autel, car aucune lampe ne brûlait dans la demeure de Sivà, les prêtres étendaient sur la Pierre cette victime nue et que des entraves d’airain retenaient aux quatre membres.
Bientôt, flamboyaient les torches des saïns, illuminant l’entourage recueilli des brahmes. Sur un signe du Grand-Pontife, le Sacrificateur de Sivà, séparant d’un arrêt chacun de ses pas, s’avançait... puis, se penchant avec lenteur vers la Pierre, d’un seul coup de sa large lame ouvrait silencieusement la poitrine de l’holocauste.