Ici, Akëdysseril, arrachant du fourreau son cimeterre, qui continua la lueur de ses yeux, s’écria, ne dominant plus son courroux :
— « Insensé barbare ! Pendant que tu prononces toutes ces vaines sentences qui ont tué mes chères victimes, ah ! le fleuve roule, sous les astres, à travers les roseaux, leurs corps innocents !... Eh bien, le Nirvanah t’appelle. Sois donc anéanti ! »
Son arme décrivit un flamboiement dans l’obscurité. Un instant de plus, et l’ascète, séparé par les reins sous l’atteinte robuste du jeune bras, — n’était plus. Soudain, elle rejeta son arme loin d’elle, et le bruit retentissant de cette chute fit tressaillir encore les ombres du temple.
C’est que — sans même relever les paupières sur l’accusatrice — le pontife sombre avait murmuré, sans dédain, sans terreur et sans orgueil, ce seul mot :
— « Regarde ».
*
A cette parole s’étaient écartés les pans du grand voile de l’autel de Sivà, laissant apercevoir l’intérieur de la caverne que surplombait le dieu.
Deux ascètes, les paupières abaissées selon les rites sacerdotaux, soutenaient, aux extrémités latérales du sanctuaire, les vastes plis sanglants.
Au fond de ce lieu d’horreur, les trépieds étaient allumés comme à l’heure d’un sacrifice. L’esprit de Sivà s’opposant, dans les symboles, à la libre élévation de leurs flammes, ces grandes flammes, renversées par les courbures de hautes plaques d’or, réverbéraient d’inquiétantes clartés sur la Pierre des victimes. Au chevet de cette Pierre se tenaient, immobiles et les yeux baissés, deux saints, la torche haute.
Et là, sur ce lit de marbre noir, apparaissaient, étendus, pâles d’une pâleur de ciel, deux jeunes êtres charmants. Les plis de neige de leurs transparentes tuniques nuptiales décelaient les lignes sacrées de leurs corps ; la lumière de leur sourire annonçait en eux le lever d’une aube éclose dans les invisibles et vermeils espaces de l’âme ; et cette aurore secrète transfigurait, en une extase éternelle, leur immobilité.