--Comment se peut-il qu'il vous soit possible de prévoir ce que je demanderai ou répondrai à l'Andréïde? continua le jeune lord.

--Oh! dit Edison, un seul raisonnement va vous convaincre de la simplicité du problème,--que vous ne posez pas tout à fait exactement, je crois.

--Un instant: quel qu'il puisse être, c'est la liberté, en ma pensée et dans mon amour mêmes, qu'il m'enlèvera, si je soumets mon esprit à le reconnaître! s'écria lord Ewald.

--Qu'importe, s'il assure la RÉALITÉ de votre rêve? dit Edison. Et qui donc est libre?--Les Anges de la vieille légende, peut-être! Et, seuls, ils peuvent avoir conquis le titre de libres, en effet! car ils sont délivrés, enfin, de la Tentation... ayant vu l'abîme où sont tombés ceux-là qui ont voulu penser.

Les deux interlocuteurs se regardèrent en silence à cette parole.

--Si je comprends bien, reprit lord Ewald avec stupeur, il faudrait que, moi-même, j'apprisse la partie de mes questions et de mes réponses?

--Ne pourrez-vous donc les modifier, comme dans la vie, aussi ingénieusement que vous le voudrez,--de manière, toutefois, à ce que la réponse attendue s'y adapte?... En vérité, tout, je vous assure, peut, absolument, répondre à tout: c'est le grand kaléïdoscope des mots humains. Étant donnés la couleur et le ton d'un sujet dans l'esprit, n'importe quel vocable peut toujours s'y adapter en un sens quelconque, dans l'éternel à peu près de l'existence et des conversations humaines.--Il est tant de mots vagues, suggestifs, d'une élasticité intellectuelle si étrange! et dont le charme et la profondeur dépendent, simplement, de ce à quoi ils répondent!

Un exemple: je suppose qu'une parole solitaire... le mot «déjà!» soit le mot que devra prononcer,--en tel instant,--l'Andréïde. Je prends ce seul mot, au lieu de n'importe quelle phrase. Vous attendez cette parole, qui sera dite avec la voix douce et grave de Miss Alicia Clary et accompagnée de son plus beau regard perdu en vos yeux.

Ah! songez à combien de questions ou de pensées ce seul mot peut répondre magnifiquement! Ce sera donc à vous d'en créer la profondeur et la beauté dans votre question même.

C'est ce que vous essayez de faire, dans la vie, avec la vivante: seulement, lorsque c'est ce même mot que vous en attendez, en telle circonstance où il serait d'une si noble harmonie avec votre pensée que vous voudriez pouvoir le souffler, pour ainsi dire, à cette femme, JAMAIS celle-ci ne le prononce. Ce sera TOUJOURS une dissonance amère, une autre parole, enfin, que son naturel judicieux lui dictera, pour vous serrer le coeur.