Aucune brusquerie dans l'ensemble de cette double tension, parce qu'elle se succède! Une fois la jambe recouverte de sa carnation, qui a toute l'élasticité de la chair, c'est le mouvement humain lui-même. Il y a brusquerie dans la détente de notre fémur, mais elle est atténuée par le relâché du genou qui ne se tend qu'ultérieurement, comme chez l'Andréïde.--Faites jouer les articulations d'un squelette, elles vous sembleront brusques et automatiques. C'est la chair, encore une fais, et, aussi les vêtements, qui adoucissent tout cela.
L'Andréïde, une fois le pied posé à terre, resterait donc immobile en cette situation, si le fait même de la tension du genou ne repoussait en dehors, d'environ trois centimètres au-dessus de l'os fémoral, la tige de la rondelle d'or sur laquelle est demeuré le globe de cristal. La rondelle, exhaussée de la sorte, et n'étant plus maintenue d'aplomb sur son centre par les bords du col du fémur, fait légèrement bascule,--en s'élevant, et à cause de sa forme inclinée--vers la rondelle gauche. Le globe tombe donc sur la coulisse d'acier, y glisse vers cette rondelle, et son poids, multiplié par la chute imperceptible, l'inclinaison et la vitesse, va frapper la rondelle d'or du fémur gauche et s'y installer.
A peine celle-ci a-t-elle fléchi à son tour, sous le poids du sphéroïde, que l'isolateur de droite s'interpose et que, ses aimants cessant d'être impressionnés par le courant, le moyeu de la bielle de droite, plus pesant que les deux brisures, cède et retombe, de lui-même, en angle aigu, dans son cachot d'argent, pendant que la bielle de gauche, se tendant à son tour et amenant, avec une insensible douceur, sur sa jambe, le poids du torse, reproduit le phénomène du pas de l'Andréïde--et ainsi de suite, à l'indéfini, jusqu'au nombre de pas inscrit sur le Cylindre, ou jusqu'à la sollicitation d'une bague.
Il faut remarquer que l'isolation de l'un des genoux n'a lieu qu'après la tension du genou opposé, sans quoi la jambe isolée fléchirait trop vite. Ce qui ne se passe pas lorsque, par exemple, l'Andréïde se met à genoux, comme perdue en une extase mystique pareille à celle de ces somnambules que leurs magnétiseurs font poser, cataleptiquement, ou à celles que l'on obtient des hystériques en approchant, à dix centimètres de leurs vertèbres cervicales, un flacon d'eau de cerises hermétiquement bouché.
C'est la succession de ces flexions et de ces tensions qui donne à la démarche de l'Andréïde cette simplicité humaine.
Quant au léger bruit incessant du cristal sur la coulisse et les rondelles, il est absolument étouffé par le charme de la Carnation. Même sous l'armure, on ne l'entendrait qu'au microphone.
IV
L'éternel Féminin.
CAÏN:--Êtes-vous heureux?
SATAN:--Nous sommes puissants.
LORD BYRON: Caïn.