--Qu'entendez-vous par son alimentation, mon cher magicien? dit lord Ewald. Cette fois, je l'avoue, la chose dépasse les rêves les plus fantaisistes!

--Voici la nourriture que prend, une ou deux fois la semaine, Hadaly, répondit Edison. J'ai, dans ce vieux bahut, certaines boîtes de pastilles et de petites tablettes qu'elle s'assimile fort bien toute seule, l'étrange fille! Il suffit d'en placer une corbeille sur quelque console, à distance fixe de sa dormeuse habituelle, et de la lui indiquer, en effleurant une des perles de son collier.

C'est une enfant, en ce qui est de la terre; elle ne sait pas. Il faut lui apprendre; nous en sommes tous là, nous aussi--Seulement, elle semble à peine se souvenir. Souvent nous oublions, nous-mêmes, jusqu'à notre salut.

Elle boit dans une mince coupe de jaspe, faite pour elle, et de la même manière, strictement, que boit son modèle. Cette coupe sera pleine d'eau claire, d'abord filtrée au charbon, c'est-à-dire très pure, puis mélangée de quelques sels dont vous trouverez la formule dans le Manuscrit. Quant aux pastilles et aux tablettes, ce sont des pastilles de zinc, des tablettes de bi-chromate de potasse et, quelquefois, de peroxyde de plomb. Aujourd'hui, nous prenons, tous, une foule de choses empruntées à la chimie. Elle ne sort pas de là. Vous le voyez, elle est très sobre. Elle ne prend que ce qui lui suffit. Heureux ceux qui se règlent sur sa tempérance!--Par exemple, lorsqu'elle ne trouve pas ces aliments sous sa main au moment où elle les désire, elle s'évanouit--ou, pour mieux dire, elle meurt.

--Elle meurt?... murmura le jeune lord en souriant.

--Oui, pour donner à son élu le plaisir vraiment divin de la ressusciter.

--Attention délicate! répondit assez plaisamment lord Ewald.

--Lorsqu'elle demeure immobile et les yeux fermés, il lui suffit d'un peu d'eau très claire, de quelques tablettes ou de pastilles pour revenir à elle-même. Toutefois, comme elle n'aurait pas la force de les prendre, il faut mettre la tourmaline du doigt médium en communion avec le courant d'une pile faradique. Cela suffit.--Sa première parole, en rouvrant les yeux à la lumière, est pour demander de l'eau pure.--Maintenant, à cause de la dure senteur métallique que garderait, en elle, l'eau ternie d'une organique buire de cristal, il ne faut pas oublier de saturer la première gorgée de la coupe, des réactifs dont vous trouverez l'expression et le dosage dans le Manuscrit. Leur effet, sur cette eau violâtre, est instantané.--Vous placez ensuite le fil d'induction au diamant-noir du petit doigt, c'est-à-dire à la pierre dont le trembleur est réglé de manière à désisoler un courant capable de chauffer à blanc une tige de platine, en une seconde, puis vous laisser retomber, dans votre pile personnelle, le charbon nécessairement suspendu un instant pendant votre translation du fil. Vous n'omettez pas de vous servir, ici, du crayon excitateur.

Or, vous n'ignorez pas que le verre trempé, même d'après les procédés ordinaires, peut subir, sans se rompre, la température du plomb fondu. Le mien supporterait celle du platine en fusion, même étant d'une épaisseur de moitié moindre que celle de cette buire de cristal fixée à l'intérieur, entre les poumons de l'Andréide. Or, le calorique envoyé au dedans de ce cristal par la transmission du diamant est d'une qualité qui fait y monter, sur-le-champ, la température à quatre cents degrés environ. Ce qui suffit pour vaporiser très rapidement l'eau stérilisée. D'autre part, les réactifs dont je vous parle, agissant sur les parcelles atomiques des métalloïdes dont le liquide se trouve teinté, les dissocient et, les transmuent, en quelques secondes, en une sorte de poussière, d'ailleurs très-blanche, presque impalpable. L'instant d'après, notre belle Hadaly souffle, entre ses lèvres mi-closes, de légers flocons d'une fumée pâle, irisée de cette poussière, laquelle n'a d'autre senteur que celle de la vapeur bouillante, passablement parfumée, même, par son passage sur l'huile essentielle de roses dont je vous ai parlé. En six secondes, le cristal intérieur est redevenu clair et pur. Hadaly prend alors une grande coupe d'eau limpide et les quelques pastilles en question,--et la voilà vivante comme vous et moi, prête à obéir à toutes ses bagues et à toutes ses perles, comme nous cédons à tous nos désirs.

--Comment! elle souffle, entre ses lèvres, des flocons de vapeur? demanda lord Ewald.