Bientôt, sous le clair de lune pascal[4], apparut, dévalant du faubourg d'Ophel, un gros de policiers pourvus de bâtons, d'épées et de cordes: ils étaient commandés par les deux émissaires du Grand Conseil, Achazias et Ananias—qu'assistait un porte-lanterne, Malchus, homme de confiance de Caïphe.—La troupe avait pour guide le plus récent disciple de ce Jésus, un homme originaire de cette petite ville de Karioth, sise dans la tribu de Juda, sur les bords de la mer Morte, à la limite occidentale de Gomorrhe l'ensevelie—(bien qu'il y eût aussi, aux frontières, un certain autre bourg moabite, appelé Kérioth, qui étageait ses quelques feux non loin de l'étang du Dragon).
[4] La Pâque juive ne pouvait être célébrée qu'à la pleine lune:—ce qui annule, astronomiquement, l'hypothèse de l'éclipse totale du soleil, avancée par quelques-uns pour essayer de justifier comme naturelles les Ténèbres prouvées du Vendredi-Saint.
L'homme en question était le seul disciple juif; les onze autres étaient galiléens.
Le Maître lui avait lavé les pieds avant de consacrer la Pâque avec les disciples.
Hannalus était ce même sar, ou chef, des gardes préposés aux nocturnes inspections des bâtiments du Temple. Quarante-deux années plus tard, lors du sac de Jérusalem, il fut traîné à Rome, chargé de chaînes, malgré ses soixante-quinze ans, et jeté aux pieds meurtriers de l'empereur Claude. Pour Achazias et Ananias,—faux témoins l'heure suivante,—le Talmud, sans nul détour, les déclare «délateurs à la solde du sanhédrin, comme ayant mission d'épier les pas, actes et paroles de Jésus». Quant à leur guide, son prophétique surnom signifie, en araméen, en syriaque et en samaritain, non seulement son lieu de naissance, mais, selon qu'on le prononce, il veut également dire l'Usurier, l'Homme de mensonge, le Trahisseur, la Mauvaise récompense[5], le Ceinture de cuir (porte-bourse), et, surtout, Le Pendu: le surnom résume la destinée.
[5] Ou, plutôt: «C'est là sa récompense.» (S. Jérôme.)
Le groupe, donc, redescendit peu après, emmenant un homme de très haute taille, dont les mains étaient liées. Jésus, en effet, était d'une stature fort élevée entre celles des humains,—car, lors de la Découverte de la Vraie Croix par l'impératrice sainte Hélène[6], l'on mesura l'intervalle entre les trous creusés par les clous des mains, ainsi que la distance entre ceux des pieds et le point d'intersection central des deux traverses: ces traces attestaient un patient d'une grandeur corporelle pouvant dépasser six pieds modernes.
[6] Voir la Vie de sainte Hélène: Invention de la Sainte Croix, et les auteurs sacrés qui ont traité du Bois de la Croix: (S. Bernard, S. Chrysostome), etc.—Voir aussi Ernest Hello, Physionomies de Saints.—Et La Bonne Nouvelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tome V. (Publiée par Bray et Retaux. Auteur anonyme.)
Les légionnaires du préside Ponce Pilate escortèrent l'escouade et le divin Prisonnier jusqu'à l'opulente demeure d'Annas, puis regagnèrent le fort Antonia. L'ancien Grand Prêtre, n'ayant plus qualité pour statuer, dut renvoyer la cause devant le Sénat des soixante-dix, que présidait son gendre;—ce collège, au mépris encore de la Loi, venait de s'assembler sous les lampes de minuit chez Caïphe, dans la salle du Conseil.
—La Loi!… ne prescrivait-elle pas, aussi, que le Pontificat majeur ne pouvait être conféré qu'à vie?… Ah! qu'importait? Aujourd'hui, les Docteurs, sciemment oublieux du texte éternel, déposaient et remplaçaient, parfois dans le même semestre, au souffle d'influences de toute nature, les Grands Prêtres de Dieu.—De là l'ironie sombre de l'évangéliste saint Jean: «Caïphe était Grand Prêtre cette année-là[7].»