Cependant, madame, puis-je prendre sur moi, sans m'être assuré, tout d'abord, de votre bon vouloir, de vous adresser pareille méditation?

Si ce dessein vous déplaît, brûlez simplement cette lettre d'un cœur ami et pardonnez l'innocente attention d'un voyageur qui essayait de vous créer un passe-temps.

Si, au contraire, vous pensez ainsi que moi sur ce point, madame, et si vous ne voyez rien d'excessif dans cette idée toute simple, nous supposerons le conte suivant (qui est, d'ailleurs, une réalité). Nous le supposerons, comme l'on met un loup de velours noir et un domino, dans certaines soirées de la saison d'hiver, en un mot, par curiosité.

(De cette manière, nous aurons, l'une et l'autre, la liberté de parole qui sera si nécessaire, pour peu que vous poussiez la gracieuseté jusqu'à répondre, et vous prêter à ce jeu.)

Voici la supposition:

Vous êtes une reine persane;—je suis un prince lointain, que vos armées ont surpris et fait captif.

Familier, je porte à la cheville votre bracelet d'argent.—Ce soir, comme vos femmes venaient d'allumer les flambeaux, vous m'avez fait un signe.

J'ai dressé devant vous la grande plaque d'airain poli, votre miroir. Autour de lui sont entrelacées des branches d'ébène, sculptées de faces d'Esprits.

Accoudé au sommet, sur le front le plus affreux, moi, je rêve aux arbres titaniens sur mes vallées, à mes chariots dispersés, à la lune, à la rébellion future.

Vous, les coudes plongés dans les coussins, fatiguée et taciturne, et des pierreries éparses sur les peaux de lion à vos pieds, vous allez regarder et suivre au fond du miroir votre propre rêverie, pour tuer le temps.