Svelte, elle excellait à monter les chevaux indomptés, intrépide à entrer dans sa capitale, au milieu du carnage des surprises nocturnes, bravant les arquebusades et l'incendie. Criminelle par nature, le crime lui seyait aussi bien que la queue de dragon aux sirènes. Avec ses amants, elle renforçait l'oubli que doit donner le baiser d'une femme, du sentiment de la mort prochaine que coûtait la possession de sa personne.
Si le côté politique de son histoire est révoltant, comme on vient de le voir, le côté joyeux de sa vie n'est pas moins sombre. Mais les satans ont des attraits brûlants et dorés comme l'enfer. De là, les passions mortelles qu'elle suscita.
Le vidame de Maulle, Louis d'Orléans, Jean sans Peur, Villiers de l'Isle-Adam, Lourdin de Saligny, le chevalier de Bois-Bourdon, et quelques autres plus ignorés, furent du nombre de ceux qu'elle aima; chacun d'eux eut une fin sinistre.
Le vidame de Maulle mourut en exil, mis au ban du royaume.
Louis d'Orléans fut assassiné, rue Barbette, par un chevalier d'aventures, Raoul d'Hocquetonville, qui lui fendit la tête d'un coup de masse d'armes.
Jean sans Peur tomba, au pont de Montereau, sous la hache de Tanneguy du Châtel.
Villiers de l'Isle-Adam, qui, pour elle, avait pris Paris en une nuit par un coup de maître sans autre exemple dans l'histoire, fut assassiné à Bruges dans une sédition populaire.
Lourdin de Saligny fut poignardé en Flandre, où l'avait interné la jalousie du duc de Bourgogne.
Le chevalier de Bois-Bourdon périt d'une manière très affreuse et tout à fait cruelle, comme on le verra tout à l'heure.
Quelques traits de son histoire donneront une idée du caractère étrange de cette femme[12].