[12] Au paragraphe suivant débute, sans variantes notables, le conte: La reine Ysabeau. Œuvres complètes, Contes cruels, tome II, Mercure de France.
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Telle était cette jalouse créature que ses scandales et ses attraits ont illustrée, et dont l'histoire est écrite avec du sang et du feu.
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L'un de ceux qui succédèrent au vidame de Maulle fut, comme nous l'avons dit, le chevalier de Bois-Bourdon.
C'était un jeune seigneur des mieux faits de la cour. A vingt-trois ans, il était célèbre par ses triomphales fantaisies, tant de luxe que d'amours. Ses duels, toujours heureux, le faisaient admirer des pages, féliciter par les femmes et craindre de ses pairs. La reine, ayant remarqué ce jeune seigneur, le nomma gouverneur de Vincennes et s'y renferma avec lui.
On se rappelle les circonstances particulières de l'événement arrivé au roi Charles VI, en traversant la forêt du Mans, où il avait été pris de démence. Un fantôme, en vêtements blancs (aposté peut-être par Isabeau dans le but de déterminer, par une crise superstitieuse, une insanité que ses philtres avaient préparée de longue main), un fantôme, disons-nous, lui était apparu brusquement, avait saisi la bride de son destrier, en criant: «Retourne, roi Charles, tu es trahi!» Ce qui, effectivement, avait jeté le roi dans un accès de folie furieuse. Ayant tiré son épée et mis à mal deux hommes de sa suite en criant: «trahison!» l'on fut obligé de s'en rendre maître par la force. Depuis lors, une sénilité hâtive l'avait accablé; il vivait, un peu hébété, dans son Louvre, en compagnie d'une demoiselle nommée Odette de Champdhiver, qui veillait sur la faiblesse du monarque et cherchait à le distraire, soit en inventant des jeux,—les cartes, par exemple,—soit en le charmant par ses chants et sa bonne grâce. De là, la liberté laissée à la reine.
A cette époque, bien que la régence lui eût été dévolue avec l'assistance, toutefois, de son beau-frère Louis, duc d'Orléans, et de son cousin Jean, duc de Bourgogne, comte de Nevers, surnommé, comme il a été dit, Jean sans Peur, la guerre entre Isabeau de Bavière et le comte Bernard d'Armagnac, connétable de France et féal du roi, n'était pas ouvertement décidée. L'amour du chevalier de Bois-Bourdon fut la torche qui l'alluma.
Un matin, en effet, comme le jeune chevalier revenait de Vincennes, joyeux et au galop, le sourire des joies éperdues aux lèvres, il croisa une petite troupe qu'il ne reconnut pas tout d'abord.
C'était Charles VI, le connétable et plusieurs seigneurs et soldats de la cour de Paris. Le roi faisait une promenade.