Soit étourderie, soit impertinence de rival, Bois-Bourdon ne revint point sur ses pas; il ne salua pas.
Le comte d'Armagnac lui cria de faire halte. Il continua vers Paris.
—Arrêtez ce jeune homme! dit simplement le connétable à deux soldats et à son prévôt Tanneguy du Châtel.
En entendant le galop des deux cavaliers derrière lui, Bourdon se détourna, fondit sur eux, désarçonna le premier, tua le second d'un coup d'épée, et, saluant le comte d'Armagnac, poussa l'insolence jusqu'à le défier lui-même.
Le connétable était un homme de guerre des plus habiles aux maniements de toutes les armes; il sourit, mit pied à terre, sa masse à la main. A vingt pas du jeune homme, il s'arrêta:
—Rendez-vous, messire, dit-il.
Un éclat de rire de Bois-Bourdon lui répondit.
Mais ce rire ne s'acheva pas. La masse d'armes du comte d'Armagnac, lancée par lui comme la pierre d'une fronde, était venue frapper au front le cheval du jeune homme: le cheval, tué sur le coup, avait jeté son cavalier évanoui sur le chemin.
On se saisit de Bois-Bourdon. On le fouilla. Une lettre de la reine fut trouvée entre son cœur et son pourpoint. Cette lettre, parfumée et tendre, produisit sur le roi Charles un effet terrible, malgré sa folie.
Bois-Bourdon fut enfermé au Châtelet, mis à la question le soir même; il y mourut, sans rien avouer, courageusement, car il aimait la reine. On l'ensevelit dans un sac de cuir sur lequel fut écrite cette légende: «Laissez passer la justice du roi», et on le jeta à la Seine.—La lettre fut publiée à son de trompe dans Paris.