Je me précipitai sur mon sac pour en tirer une trousse à lancettes; je fouillais désespérément: je n'avais que des verres, des instruments, des collections d'infusoires, des loupes; je bondissais, à travers la chambre, sans avoir ma raison! Et je retournai vers le lit, en tenant machinalement à la main une forte loupe que j'avais trouvée.
Alors, je pris la chandelle, je l'approchai du visage de la défunte, et je la considérai, à la loupe, avec un tremblement nerveux.
—Enfin!—c'était fini!… pensai-je avec un soupir de soulagement; elle était bien morte.
Tout à coup, je ne peux pas dire pourquoi, ses yeux stagnants attirèrent mon attention.
Une idée, des plus insolites, me passa, subitement, dans l'esprit. Une curiosité entra dans mon coeur et en balaya toute appréhension. Je me raidis, quelque peu frissonnant; je voulais examiner la taie qui recouvrait ces ténébreuses prunelles et plonger sous ce crêpe! Un Démon me saisit donc le bras, courba ma vieille tête, appuya sur mon oeil et presque de force, la loupe puissante, et, m'indiquant, dans l'âme, les yeux de la morte, me vociféra dans l'oreille en assourdissant mon angoisse:
—Regarde.
Dès lors, je devins plus tranquille; je sentis que la vieille Science me ressaisissait.
Je promenai ma loupe sur les prunelles.
Les yeux ne présentaient vraiment aucune particularité bien appréciable, si ce n'est leur extraordinaire aspect vitreux. J'allais renoncer à ma tentative, lorsque les pupilles me parurent contenir des points qui ressemblaient à des piqûres d'ombres.
J'allai sur-le-champ donner un tour de clef à la serrure; puis je revins auprès du lit, et me croisai les bras, rêvant aux moyens d'expérimentation.