Tous les hommes qui suivent ces kovdaï-daïmios appartiennent à la classe noble des guerriers. Ils peuvent s'élever aux plus hautes fonctions, dont chacune embrasse confusément toutes sortes d'attributions.

C'est à la suite de cette confusion des pouvoirs que se sont produits les empiétements des shiogounes, dont les capacités politiques, judiciaires, administratives et financières semblent subordonnées à la capacité militaire. La hiérarchie se compose de trois classes: gokanine, hattamoto et daïmio. Chacune de ces classes compte plusieurs degrés. C'est dans la seconde classe que sont rangées les fonctions de gaïkokou-bouïo ou gouverneur d'une des trois villes ouvertes aux étrangers. A partir de ce grade les fonctionnaires acquièrent le titre de kami. Les gaïkokou-bouïos ne sont jamais isolément en fonctions. L'esprit de défiance administrative a introduit l'usage de l'action simultanée de plusieurs fonctionnaires occupant le même poste. C'est ainsi qu'un même district peut posséder cinq ou six gaïkokou-bouïo, qui se relèvent, se succèdent ou se contrôlent alternativement. Au-dessus du grade précédent, se trouve le gokandjo-bouïo, receveur général, trésorier et juge supérieur, dont les fonctions offrent un rang analogue à celui des gouverneurs de Yedo, Kioto ou Osaka, (matshi-bouïo). Ils reçoivent, comme les gaïkokou-bouïos, des appointements de deux mille kokous de riz, sans compter des revenus éventuels qui peuvent être très-importants. Le kokou est une mesure d'une capacité de 174 litres. Le kokou de riz représente une valeur de 25 francs. En s'élevant graduellement dans la série administrative, on rencontre les ométskés, inspecteurs, contrôleurs des grands fonctionnaires, ou sur le même rang, les orosouïs, officiers des rapports féodaux et secrétaires généraux pour l'état civil des daïmios. Ces dignitaires sont inférieurs aux osobas ou chambellans du taïkoune qui forment l'échelon le plus élevé de la classe des hattamotos. La charge d'osoba est rétribuée cinq mille kokous de riz; étant exercée pendant dix ans, elle donne le rang et le titre de daïmio, de même que l'élévation aux grades supérieurs: discha-bouïo, inspecteurs, contrôleurs des religieux et fonctionnaires du culte; wakadoshi-iori, directeur, immédiats des grands fonctionnaires. Ils sont cinq en fonction simultanée et reçoivent dix mille kokous de riz. Les gorodjios, ou ministres, au nombre de cinq, terminent cette série. Lorsque le taïkoune est mineur, le ministère est dominé par le gotaïro ou régent. Comme dignitaire, la famille taïkounale, gokamongké, gosankio et gosanké, prend rang entre le ministère et le taïkoune, dont l'organisation administrative se retrouve à peu près chez les grands seigneurs féodaux, sauf les fonctions de centralisation féodale, comme la charge d'orosouï. Les emplois prennent auprès du taïkoune une grande importance par suite de la puissance toute spéciale de la cour d'Yedo.

Il est inutile de faire ressortir les vices d'une organisation qui, par la confusion des pouvoirs, le défaut d'un code écrit et le respect de l'autorité dégénéré en délation, laisse place à tous les abus et remplace la loi par la personnalité des fonctions.

V. LES GRANDS FEUDATAIRES.

Le taïkoune ne gouverne pas seulement avec les gorodjios. Trois fois par mois, elle réunit sous sa présidence la grande assemblée du Toujo, et porte devant elle les affaires qui intéressent le Japon. Toute innovation au pacte social doit être approuvée par le toujo, puis ensuite par le mikado. Cette assemblée réunit la grande noblesse du Japon, qui se trouve ainsi avoir autorité et pouvoir légal sur les décisions du taïkoune.

Dans cette assemblée, les chefs des familles issues d'Héas sont placés immédiatement derrière le taïkoune, à la droite et à la gauche duquel se rangent les gorodjios. A une distance relativement grande, sont placés par ordre les représentants de la noblesse, kokshi et toudama, puis les grands kovdaïs, vassaux de la couronne. Entre le trône et l'assemblée, un hérault choisi parmi les seigneurs de la famille taïkounale répète les paroles échangées des deux côtés.

Du toujo est tiré un comité national nommé tshioguiakou dont l'autorité est supérieure à celle du ministère du taïkoune. Dans le gorodjio se trouve plus naturellement l'élément taïkounal, tandis que dans le tshioguiakou l'élément féodal est surtout représenté.

A la tête de la noblesse sont placées les trois familles des gosankés issues de trois frères du taïkoune, Shidé-Tada fils et successeur d'Héas. Les chefs de ces familles portent le titre de dono. Ce sont: Owari dono, seigneur de la province d'Owari, Ki dono, seigneur de la province de Kishiou, Mito dono, seigneur de la province de Mito. Ces trois provinces sont situées dans l'île de Nippoune, et représentent une grande puissance par l'étendue, la richesse et la population de ces domaines, sur lesquels vivent les vassaux respectifs de ces trois princes.

Après les gosankés viennent deux familles de gosankio, dont les chefs portent également le titre de dono. Leur origine remonte à trois frères de Hé-tsua-ioshi, cinquième taïkoune de la famille d'Héas. Ces trois gosankios sont: Stouts-bashi dono, Taïasou dono, Shimidsou dono. Ce dernier fief est rentré par extinction dans les domaines de la couronne. Le premier fief stouts-bashi, dont la famille seigneuriale s'était également éteinte, a été relevé en faveur d'un cadet d'un gosanké de Mito.

Enfin sous les gosankios viennent, par ordre hiérarchique, huit familles, aujourd'hui réduites à sept, de daïmios gokamonkés, descendant de huit fils des concubines d'Héas. Ces princes portent le titre de kami. Le plus puissant des gokamonkés est le prince Itshisène, qui désirait partir en ambassade en Europe. Il en avait reçu l'autorisation du taïkoune, mais cette permission ne fut pas ratifiée par le mikado. Cette triple hiérarchie de familles princières forme, autour du taïkoune, un puissant parti. Elles sont issues du même auteur et conservent les mêmes intérêts vis-à-vis des tiers. Mais entre elles se manifestent parfois de vives luttes, par suite de la rivalité qui souvent les divise. Lorsqu'un taïkoune meurt sans enfants, on choisit jusqu'à présent son successeur parmi les trois gosankés, et chacun cherche à se faire des partisans dans le conseil supérieur de l'empire, afin d'agir sur le mikado. Le dernier taïkoune, actuellement au pouvoir, est fils du gosanké de Kishiou, comme déjà son second prédécesseur.