— Oui, ma chère Laure, disait-elle, quand cet instant arrivera, je projette d'en faire une fête; je l'attends avec empressement. Mais, ma chère amie, je crois apercevoir qu'il ne tardera pas: tes tétons naissants sont presque formés, tes membres s'arrondissent, ta motte se rebondit, elle est déjà toute couverte d'un tendre gazon, ton petit conin est d'un incarnat admirable, et j'ai cru découvrir dans tes yeux que la nature veut qu'on te mette bientôt au rang des femmes. L'année dernière, au printemps, tu vis les préludes d'une éruption qui va s'établir tout à fait.

En effet, je ne tardai pas à me sentir plus pesante, la tête chargée, les yeux moins vifs, les douleurs de reins et des sensations d'une colique extraordinaire pour moi; enfin, huit ou dix jours après, Lucette trouva la gondole ensanglantée. Mon père ne me la remit pas. Ils avaient pressenti l'effet de ma situation; j'en étais prévenue; je restai près de neuf jours dans cet état, après lesquels je redevins aussi gaie et je jouis d'une santé aussi brillante qu'auparavant.

Que j'eus de joie de cet événement! J'en étais folle, j'embrassai Lucette:

— Ma chère bonne, que je vais être heureuse!

Je volai au cou de mon papa, je le couvris de mes baisers:

— Me voilà donc enfin à l'époque où tu me désirais!…

Que je serai contente si je puis faire naître tes désirs et les satisfaire!… Mon bonheur est d'être tout entière à toi: mon amour et ma tendresse en font l'objet de ma félicité…

Il me prit dans ses bras, me mit sur ses genoux. Ah! qu'il me rendait bien les caresses que je lui faisais! Il pressait mes tétons, il les baisait, il suçait mes lèvres, sa langue venait caresser la mienne; mes fesses, mon petit conin, tout était livré à ses mains brûlantes.

— Il est enfin arrivé, charmante et chère Laure, cet heureux instant où ta tendresse et la mienne vont s'unir dans le sein de la volupté; aujourd'hui même je veux avoir ton pucelage et cueillir la fleur qui vient d'éclore; je vais la devoir à ton amour, et ce sentiment de ton coeur y met un prix infini; mais tu dois être prévenue que, si le plaisir doit suivre nos embrassements et nos transports, le moment qui va me rendre maître de cette charmante rose te fera sentir quelques épines qui te causeront de la douleur.

— Qu'importe, fais-moi souffrir, mets-moi toute en sang si tu veux, je ne puis te faire trop de sacrifices, ton plaisir et ta satisfaction sont l'objet de mes désirs.