Mon père m'avait appris à connaître une belle bouche en me félicitant cent fois sur cet avantage. Lucette unissait à cela un excellent caractère, beaucoup de douceur, de bonté, et une humeur charmante. Mon amitié, malgré ma petite prévention, se porta bientôt vers elle, et j'ai eu lieu de m'y attacher fortement. Je m'aperçus que mon père la reçut avec une satisfaction qui répandit la sérénité dans ses yeux.
L'envie et la jalousie, ma chère, sont étrangères à mon coeur, rien ne me paraît plus mal fondé. D'ailleurs, ce qui fait naître les désirs des hommes ne tient souvent pas à notre beauté, ni à notre mérite: ainsi, pour notre propre bonheur, laissons-les libres, sans inquiétude. Il y en a dont l'infidélité est souvent un feu léger, qu'un instant voit disparaître aussitôt qu'il a brillé. S'ils pensent, s'ils réfléchissent, bientôt on les voit revenir auprès d'une femme dont l'humeur douce et agréable les met dans l'impossibilité de vivre sans elle. S'ils ne pensent pas, la perte est bien faible.
Eh! quelle folie de s'en tourmenter!
Je ne raisonnais pas encore avec autant de sagacité; cependant, je ne sentais point de jalousie contre Lucette: il est vrai que ses amitiés, ses caresses et celles que mon père continuait de me faire, la bannissaient loin de moi. Je n'apercevais de différence que dans la réserve qu'il observait lorsque Lucette était présente, mais je donnais cette conduite à la prudence. Un temps se passa de cette manière, pendant lequel je m'aperçus enfin de ses attentions pour elle. Toutes les occasions qui pouvaient s'en présenter, il ne les laissait point échapper. Cependant, mon affection pour Lucette fut bientôt d'accord avec celle de mon père.
Lucette avait désiré coucher dans ma chambre, et mon père s'y était prêté. Le matin, à son réveil, il venait nous embrasser; j'étais dans un lit à côté d'elle. Cet arrangement, et le prétexte de venir me voir, lui donnait la facilité de s'amuser avec nous, et de faire à Lucette toutes les avances qu'il pouvait hasarder devant moi. Je voyais bien qu'elle ne le rebutait pas, mais je ne trouvais pas qu'elle répondît à ses empressements comme je l'aurais fait et le désirais d'elle; je ne pouvais en concevoir la raison. Je jugeais par moi-même, et je croyais qu'en aimant avec tant de tendresse ce cher papa, tout le monde devait avoir mon coeur, penser et sentir comme moi. Je ne pus me refuser de lui en faire des reproches:
— Pourquoi, ma bonne, n'aimez-vous pas mon papa, lui qui paraît avoir tant d'amitié pour vous? Vous êtes bien ingrate…
Elle souriait à ces reproches, en m'assurant que je les lui faisais injustement. En effet, cet éloignement apparent ne tarda pas à se dissiper.
Un soir, après le repas, nous rentrâmes dans la pièce que j'occupais; il nous présenta de la liqueur. Une demi-heure était à peine écoulée que Lucette s'endormit profondément; il me prit alors entre ses bras et, m'emportant dans sa chambre, il me fit mettre dans son lit. Surprise de cet arrangement nouveau, ma curiosité fut à l'instant réveillée. Je me relevai un moment après et courus d'un pas léger à la porte vitrée où j'écartai le bord du rideau.
Je fus bien étonnée de voir toute la gorge de Lucette entièrement découverte. Quel sein charmant! deux demi-globes d'une blancheur de neige, du milieu desquels sortaient deux fraises naissantes d'une couleur de chair plus animée, reposaient sur sa poitrine; fermes comme l'ivoire, ils n'avaient de mouvement que celui de sa respiration. Mon père les regardait, les maniait, les baisait et les suçait: rien ne la réveillait. Bientôt, il lui ôta tous ses habits, et la porta sur le bord du lit qui était en face de la porte où j'étais. Il releva sa chemise; je vis deux cuisses d'albâtre, rondes et potelées, qu'il écarta, j'aperçus alors une petite fente vermeille, garnie d'un poil fort brun; il l'entrouvrit; il y posa les doigts en remuant la main avec activité: rien ne la retirait de sa léthargie. Animée par cette vue, instruite par l'exemple, j'imitai sur la mienne les mouvements que je voyais. J'éprouvais une sensation qui m'était inconnue.
Mon père la coucha dans le lit, et vint à la porte vitrée pour la fermer. Je me sauvai, et courus m'enfoncer dans celui où il m'avait mise. Aussitôt que j'y fus étendue, profitant des lumières que je venais d'acquérir, et réfléchissant sur ce que j'avais vu, je recommençai mes frottements. J'étais toute en feu; cette sensation que j'avais éprouvée s'augmenta par degrés, et parvint à une telle énergie que mon âme, concentrée dans le milieu de moi-même, avait quitté toutes les autres parties de mon corps pour ne s'arrêter que dans cet endroit: je tombai pour la première fois dans un état inconnu dont j'étais enchantée.