Quelque chose de plus singulier que tout cela, c’est que dans le second siècle de l’église, on fit le Saint-Esprit du sexe féminin. En effet, rouats touach, qui en hébreu veut dire esprit, est féminin, et ceux qui furent de ce sentiment s’appelèrent les Eliésaïtes.

Sans donner aucun prix à cette opinion erronée, je remarquerai que les Juifs n’ont jamais eu d’idées du mystère de la Trinité. Les apôtres mêmes ont été fortement persuadés du dogme de l’unité de Dieu sans modifications; ce n’est que dans les derniers momens que J.-C. leur a révélé ce mystère. Or, quand Dieu a voulu envoyer sur la terre l’une des trois personnes de la Trinité, il pouvoit l’envoyer sans l’incarner; il pouvoit envoyer la personne du Père, ou du Saint-Esprit, comme du Fils; il pouvoit l’incarner dans un homme comme dans une fille. Le choix divin semble une sorte de préférence ou d’attention pour la femme. J.-C. a eu une mère, il n’a point eu de père. La première personne à qui il parla fut la Samaritaine; la première à laquelle il se montra après sa résurrection fut Marie-Madeleine, etc. [(I)]. Enfin, le Sauveur a toujours eu pour les femmes une prédilection bien honorable à leur sexe.

Mais l’hommage vraiment flatteur pour lui, l’invention vraiment utile pour les sociétés, seroit que l’on trouvât les moyens les plus propres à rendre la beauté, la récompense de la vertu, à l’en animer elle-même, pour que tous les hommes fussent excités à faire le bien de leurs frères, et par les plaisirs de l’âme et par ceux des sens, pour que toutes les facultés dont l’Être suprême a doué notre espèce, concourussent à nous faire aimer les justes et bienfaisantes loix. Il n’est pas absolument impossible d’arriver un jour à ce but, si vivement désiré par le patriotisme, par la sagesse, par la raison; mais Dieu, combien nous en sommes loin encore!

LA TROPOÏDE

La dépravation des mœurs, la corruption du cœur humain, les égaremens de l’esprit de l’homme sont des textes tellement rebattus par nos rigoristes, que l’on croiroit que le siècle actuel est l’abomination de la désolation; car la langue françoise ne fournit aucune expression énergique que nos sermoneurs ne nous prodiguent. Cependant si l’on veut jeter un coup-d’œil impartial sur les siècles passés, sur ceux-là même qu’on nous offre pour modèles, je doute que l’on trouve beaucoup à regretter. Nos manières et nos mœurs, par exemple, valent bien celles du peuple de Dieu; et je ne sais ce que diroient nos déclamateurs, s’ils voyoient parmi nous une corruption aussi sale que celle qui se rapproche du beau siècle des patriarches.

Je veux que les loix de Moïse aient été sages, justes, bienfaisantes; mais ces loix assises sur le tabernacle et dont le but paroît avoir été de lier la société des Hébreux entr’eux par la société de l’homme avec Dieu, prouvent invinciblement que ce peuple élu, chéri, préféré, étoit bien plus infirme que tout autre, comme nous le montrerons dans la suite de cet article.

On ne réfléchit point assez que tout est relatif. Aucun établissement ne peut marcher selon l’esprit de son institution, s’il n’est dirigé par la loi du devoir, qui n’est autre chose que le sentiment de ce devoir. Le véritable ressort de l’autorité est dans l’opinion et dans le cœur des sujets; d’où il suit que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du gouvernement: il n’y a que les gens de bien qui sachent administrer les loix; mais il n’y a que les honnêtes gens qui sachent véritablement leur obéir. Car outre qu’il est très-facile de les éluder, outre que ceux dont elles sont l’unique conscience sont très loin de la vertu et même de la probité, celui qui brave les remords sait braver les supplices, châtimens bien moins longs que le premier, auquel on peut d’ailleurs toujours espérer d’échapper. Mais quand l’espoir de l’impunité suffit pour encourager à enfreindre la loi, ou quand on est content pourvu qu’on l’ait éludée, l’intérêt général n’est plus celui de personne, et tous les intérêts particuliers se réunissent contre lui; les vices ont alors infiniment plus de force pour énerver les loix, que les loix pour réprimer les vices. On finit par n’obéir au législateur qu’en apparence. A cette époque, les meilleures loix sont les plus funestes, puisque si elles n’existoient pas, elles seroient une ressource que l’on auroit encore. Foible ressource cependant! Car les loix plus multipliées sont plus méprisées et de nouveaux surveillans deviennent autant de nouveaux infracteurs.

L’influence des loix est donc toujours proportionnelle à celle des mœurs; c’est une vérité connue et incontestable; mais ce mot de mœurs est bien vague et demanderoit une définition.