Les pères voient la figure de Noé dans Pharès; Noé, représentation de J.-C. qui a paru comme le petit bras, et dont le corps ne devoit naître que pour la nouvelle loi. Mais ce que les pères voient de plus clair à tout cela, c’est que par l’aventure de la semence qu’Onan déposoit de côté, J.-C. se trouve né de Ruth étrangère, Rahab courtisane, Bethsabée adultere et Thamar incestueuse du pere à la fille[55]. Mais revenons.
On voit que l’onanisme est, sinon consacré, du moins étayé par de grands et antiques exemples.
Les causes morales qui le provoquent le plus communément, sont ou la crainte de donner la vie à des êtres, qui par des circonstances particulières seroient malheureux, ou celle des contacts vénéneux; car on croit, sans que cela soit bien prouvé, que le virus ne fait aucune impression sur les parties du corps qui sont revêtues de la peau toute entiere; mais seulement sur celles qui en sont dépourvues.
Ces circonstances et beaucoup d’autres poussant à ne céder à ce sentiment si vif, qui porte l’homme à la propagation de lui-même, qu’en négligeant le but de la nature, les moyens de la tromper sont devenus passion chez quelques-uns, besoin chez beaucoup d’autres. Le sommeil provoque aux célibataires les songes les plus voluptueux; l’imagination aiguisée et flattée par ces illusions décevantes, qui conduisent à une réalité mutilée, mais aussi dépourvue des inconvéniens qui rendent souvent si dangereux un bonheur plus complet, a embrassé avec ardeur cette manière de donner le change à ses désirs. Les deux sexes rompant en quelque sorte les liens de la société, ont imité ces plaisirs auxquels ils se refusoient à regret et les remplaçant par leurs propres efforts, ils ont appris à se suffire. Ces plaisirs isolés et forcés sont devenus une passion violente par la commodité de l’assouvir, qui a tourné à son profit la force de l’habitude, si puissante sur l’humanité. Alors ils sont devenus très-dangereux, tant qu’ils n’ont été déterminés que par le besoin, quand une imagination plus voluptueuse que bouillante les a produits. Aucun accident n’en a été la suite; il n’y a point eu de mal physique à ce penchant et la morale en certains cas auroit pu lui montrer quelque indulgence[56]. Les anciens juges, peut-être peu scrupuleux, mais juges philosophes, pensoient que lorsqu’on le contenoit dans ces bornes, on ne violoit pas la continence. Galien soutient, comme on a vu, que Diogène qui recouroit publiquement à ce secours, étoit fort chaste; il n’usoit de cette pratique, dit-il, que pour éviter les inconvéniens de la semence retenue.
Mais il est bien rare que dans ce qu’on accorde aux sens on garde un juste milieu. Plus on se livre à ses désirs, plus on les aiguise; plus on leur obéit, plus on les irrite. Alors l’ame enivrée de molesse et continuellement absorbée dans des idées voluptueuses, détermine sans cesse les esprits animaux à se porter au siège de la jouissance. Les parties qui produisent le plaisir deviennent plus mobiles par les attouchemens répétés, plus dociles aux écarts de l’imagination; les érections deviennent continuelles, les pollutions fréquentes et la disperdition de la vie excessive.
Il arrive trop souvent que la passion dégénere en fureur. Les objets qui lui sont analogues et l’alimentent se présentent sans cesse à l’esprit; or, on ne peut croire à quel point cette attention à un seul objet énerve, affoiblit. D’ailleurs cette situation des parties de la génération entraîne, même sans pollution, une très-grande dissipation des esprits animaux. Les érections sont trop rapprochées, lors même qu’elles ne sont pas suivies de l’évacuation de la semence, épuisent prodigieusement. Il y a en ce genre des exemples frappans et incontestables. Il faut encore observer que l’attitude des onanistes ne contribue pas peu à l’affoiblissement qui résulte de leurs opérations solitaires et à l’irritabilité des organes. La nature ne peut jamais perdre ses droits, ni laisser outrager impunément ses loix. Des jouissances partagées, même excessives, seront plutôt supportées par elle, qu’un stratagême stérile par lequel on s’efforce de la contraindre. La satisfaction de l’esprit et du cœur aide une prompte réparation des pertes que les délires de l’imagination occasionnent et ne peuvent jamais remplacer.
Mais la morale est toujours foible contre la passion. Quand ce goût bizarre a été connu, on s’est beaucoup plus occupé à perfectionner ce qui pouvoit le satisfaire, qu’à réfléchir sur ce qui pourroit le réprimer; et l’on a senti que les deux sexes s’aidant mutuellement, devoient rapprocher davantage la jouissance isolée, des charmes d’une jouissance mutuelle.
Cet art singulier fut cultivé de tout tems et l’est encore dans la Grèce. Il y est d’usage de s’assembler après les repas. On se couche en rond sur un grand tapis; tous les pieds sont dirigés vers le centre, où dans la maison froide on établit un trépied qui porte un brasier. Un second tapis vous recouvre jusqu’aux épaules: là les jeunes Grecques trouvent le moyen de se déchausser sans qu’on s’en aperçoive et rendent aux hommes, avec leurs pieds, un service dont beaucoup de femmes s’aquittent très-gauchement avec leurs mains.
En effet, ce talent n’est pas donné à toutes. Quelques-unes en ont fait à Paris une étude particulière, après une expérience consommée et une multitude d’essais. Aussi les jeunes filles qui ont la noble émulation de prétendre à une réputation en ce genre, ont grand soin d’aller prendre des leçons; mais toutes n’y réussissent pas. Il est certain qu’il s’offre ici des difficultés de plus d’un genre.