Facile étoit envers soi s’excuser.

De lui n’étoit fait ni rapport ni compte,

Ne connoissoit honnesteté ni honte.

Si de son cœur sortoient simples désirs,

Il y entroit tant de doubles plaisirs;

Qu’en y pensant chacun est incité

A maintenir que la félicité

Fut de tel temps, et le siecle doré.

Antoinette Bourignon, dans sa préface du Nouveau ciel, adopte aussi ce systême, qui paroît de nature à être regretté du beau sexe. Elle attribue au péché ce triste dédoublement et dit qu’il a défiguré dans les hommes l’œuvre de Dieu; et qu’au lieu d’hommes qu’ils devroient être, ils sont devenus des monstres de nature, divisés en deux sexes imparfaits, impuissans à produire seuls leurs semblables, comme se reproduisent les plantes, qui sont bien plus favorisées et parfaites en cela que l’espèce humaine, condamnée à ne se propager que par la réunion momentanée de deux êtres qui, s’ils éprouvent alors quelques délices, ne peuvent achever ce grand œuvre de la reproduction qu’avec tant de douleurs.

Quoi qu’il en soit de ces idées, on a vu encore de nos jours des phénomenes analogues qui portent à croire que la tradition de Moïse n’est pas une chimère. L’un des plus étonnans est celui d’un moine à Issoire, en Auvergne, où le cardinal de Fleury fit exiler, en 1735, le garde-des-sceaux Chauvelin. Ce moine avoit les deux sexes; on lit dans le couvent ces vers à son sujet: