J’ai vu vif, sans fantôme,
Un jeune moine avoir
Membre de femme et d’homme,
Et enfant concevoir.
Par lui seul en lui-même,
Engendrer, enfanter,
Comme font autres femmes,
Sans outils emprunter.
Cependant les registres du couvent portent que ce moine ne s’engrossa point lui-même; il n’avoit pas été tout à la fois agent et patient. Il fut livré à la justice et détenu jusqu’à sa délivrance. Néanmoins le registre ajoute ces mots remarquables: «ce moine appartenoit à monseigneur le cardinal de Bourbon; il avoit les deux sexes, et de chacun d’iceux s’aida tellement, qu’il devint gros d’enfans.»
Je sais que l’on peut insinuer une différence entre l’hermaphrodite proprement dit et l’androgyne. L’androgyne et l’hermaphrodite, pure invention des Grecs qui vouloient et savoient tout embellir, ont été célébrés ainsi à l’envi par tous les poëtes qui en faisoient des descriptions charmantes, tandis que les artistes les représentoient sous les formes les plus agréables et les plus propres à réveiller les sentimens de la volupté. Pandore ne réunissoit que les perfections de son sexe. L’hermaphrodite réunit toutes les perfections des deux sexes. C’est le fruit des amours de Mercure et de Vénus, comme l’indique l’étymologie du nom[59]. Or Vénus étoit la beauté par excellence. Mercure, à sa beauté personnelle, joignoit l’esprit, les connoissances et les talens. On se forme l’idée d’un individu en qui toutes ces qualités se trouvent rassemblées, et on aura celle de l’hermaphrodite, tels que les Grecs ont voulu le représenter. Les androgynes, au contraire, sous la véritable acception de leur nom, ne sont que des participans aux deux sexes, que l’on n’a nommés hermaphrodites que parce que les anciens avoient feint que le fils de Mercure et de Vénus avoit les deux sexes. Mais il n’en est pas moins vrai que comme il y a eu de tous tems des femmes qui ont tiré un grand parti de cette conformité androgyne, elles ont su la rendre précieuse. Lucien, dans un de ses dialogues, instruit deux courtisanes, dont l’une dit à l’autre: J’ai tout ce qu’il faut pour contenter tes désirs; à quoi celle-ci répond: Tu es donc hermaphrodite[60]? S. Paul reproche ce vice aux femmes romaines[61]. On a peine à croire ce qu’on lit dans Athénée sur les excès de ce genre, commis par ces femmes[62]. Aristophane, Plaute, Phedre, Ovide, Martial, Tertullien et Clément d’Alexandrie les ont désignés d’une manière plus ou moins directe, et Sénèque les accable d’une effroyable imprécation[63].