La bestialité existe plus communément qu’on ne croit en France, non par goût, heureusement, mais par besoin. Tous les pâtres des Pyrénées sont bestiaires. Une de leurs plus exquises jouissances est de se servir des narines d’un jeune veau qui leur lèche en même temps les testicules. Dans toutes ces montagnes peu fréquentées, chaque pâtre a sa chèvre favorite. On sait cela par les curés basques. On devroit, par la voie de ces curés, faire soigner ces chèvres engrossées et recueillir leurs produits. L’intendant d’Auch pourroit aisément parvenir à ce but, sans faire révéler des confessions[119] (abus de religion atroce dans tous les cas); il pourroit se procurer de ces produits monstrueux par ces curés; le curé demanderoit à son pénitent sa maîtresse qu’il remettroit au subdélégué de l’endroit sans révéler le nom de l’amant. Je ne vois pas quel inconvénient il y auroit, à tourner au profit du progrès des connoissances humaines, un mal que l’on ne sauroit guère empêcher.
L’ANOSCOPIE
On sait que dans tous les siecles, les jongleurs, les charlatans, devins, médecins, politiques ou philosophes (car il en est de toutes ces sortes) ont eu plus ou moins d’influence. La nature de l’homme, sans cesse ballottée entre le désir et la crainte, offre tant d’hameçons à l’usage de ceux qui établissent leur crédit ou leur fortune sur la crédulité de leurs semblables, qu’il y a toujours pour eux quelque heureuse découverte à faire dans l’océan sans bornes des sottises humaines; et quand on se contenteroit de rajeunir les vieilles fascinations, les folies surannées, cet appât est si bien proportionné à l’avidité ignorante et grossière du peuple, auquel il est surtout destiné, que son effet est infaillible, quelqu’ignorans et mal-adroits que puissent être les professeurs de l’art si facile de tromper les hommes. La philosophie et la physique expérimentale plus cultivées, en détrompent sans doute un grand nombre; mais celui où le progrès des connoissances humaines peut pénétrer, sera toujours de beaucoup le plus petit.
Le mot de devin se trouve très-souvent dans la Bible; ce qui justifie l’ancienne remarque qu’il n’y a eu parmi les auteurs sacrés que peu ou point de philosophes. Moyse défend gravement de consulter les devins. «La personne, dit-il, qui se détournera après les devins et les sorcieres en paillardant avec eux, je mettroi ma face contre la sienne[120].» Il y a plusieurs classes de sorciers indiquées dans l’Écriture.
Chaurnien en hébreu signifioit sages. Mais cette expression étoit fort équivoque et susceptible des diverses acceptions de sagesse vraie, sagesse fausse, maligne, dangereuse, affectée. Ainsi dans tous les tems il fut des hommes assez politiques, assez habiles pour faire servir les apparences de la sagesse à leurs intérêts, au succès de leurs passions, et pour détourner l’étude, la science et le talent du seul emploi qui les honore; je veux dire la recherche et la propagation de la vérité.
Les Mescuphins étoient ceux qui devinoient dans des choses écrites les secrets les plus cachés; les tireurs d’horoscopes, les interprètes des songes, les diseurs de bonne aventure manœuvroient ainsi.
Les Carthumiens étoient les enchanteurs; par leur art ils fascinoient les yeux et sembloient opérer des changemens fantastiques ou véritables dans les objets et dans les sens.
Les Asaphins usoient d’herbes, de drogues particulières et du sang des victimes pour leurs opérations superstitieuses.
Les Casdins lisoient dans l’avenir par l’inspection des astres: c’étoient les astrologues de ce tems-là.