La danse paroît plus compatible aux agrémens propres aux femmes; mais la maniere dont elles s’y livrent est souvent plus capable d’énerver que de fortifier les organes. Les anciens qui ont eu le grand art de faire servir les plaisirs des sens au profit du corps, avoient fait de la danse une partie de leur gymnastique: ils employoient la musique pour calmer ou diriger les mouvemens de l’âme; ils embellissoient l’utile, ils rendoient salutaire la volupté.

Mais si dans la naissance des corps politiques les amusemens furent assortis à la sévérité des institutions dont ces corps tiroient leur force, ils dégénérerent bien rapidement avec les mœurs,[128] et si les anciens s’occuperent d’abord à trouver tout ce qui pouvoit augmenter les forces et conserver la santé, ils en vinrent à ne chercher qu’à faciliter et étendre les jouissances; et c’est encore ici une occasion de remarquer combien nous les exaltons pour nous calomnier nous-mêmes. Quel parallèle y a-t-il à faire de nos mœurs avec l’esquisse que je vais tracer?

Quand une femme avoit coricobolé une demi-heure, de jeunes personnes, soit filles, soit garçons, selon le goût de l’actrice, l’essuyoient avec des peaux de cygne. Ces jeunes gens s’appelloient Jatraliptæ. Les Unctores répandoient ensuite les essences. Les Fricatores détergeoient la peau. Les Alipari épiloient. Les Dropacistæ enlevoient les cors et les durillons. Les Paratiltriæ étoient des petits enfants qui nettoyoient toutes les ouvertures, les oreilles, l’anus, la vulve, etc. Les Picatrices étoient de jeunes filles uniquement chargées du soin de peigner tous les cheveux que la nature a répandus sur le corps, pour éviter les croisements qui nuisent aux intromissions. Enfin, les Tractatrices pétrissoient voluptueusement toutes les jointures pour les rendre plus souples. Une femme ainsi préparée se couvroit d’une de ces gazes, qui, selon l’expression d’un ancien, ressembloient à du vent tissu, et laissoit briller tout l’éclat de la beauté; elle passoit dans le cabinet des parfums, où au son des instrumens qui versoient une autre sorte de volupté dans son âme, elle se livroit aux transports de l’amour... Portons-nous les raffinemens de la jouissance jusqu’à cet excès de recherches[129]?

Il seroit possible d’apporter en preuve de notre infériorité en fait de libertinage, par rapport aux anciens, une infinité de passages qui étonneroient nos satyres les plus déterminés. Nous avons déjà montré dans un morceau de ces mélanges très en raccourci, ce que le peuple de Dieu savoit faire[130]. Érasme a recueilli dans les auteurs Grecs et Romains une foule d’anecdotes et de proverbes qui supposent des faits dont l’imagination la plus hardie est effrayée: j’en citerai quelques-uns.

Nous n’avons point, par exemple, de mauvais lieux qui puissent nous donner une idée de ce qu’on appelloit à Samos le parterre de la nature. C’étoient des maisons publiques où les hommes et les femmes pêle-mêle s’abandonnoient à tous les genres de libertinages [(I)]: car ce seroit prostituer le mot volupté que de l’employer ici. Les deux sexes y offroient des modèles de beauté, et de là le titre de parterre de la nature[131]. Les vieilles mettoient encore à profit dans d’autres lieux les restes de leur lubricité. Elles étoient tellement impudiques qu’on les comparoit à des animaux qui avoient l’odeur, l’ardeur, la lasciveté des boucs[132].

..... Verum noverat

Anus caprissantis vocare viatica.

Dans l’île de Sardaigne qui n’a jamais été un pays très-florissant ni très-peuplé, le nom du lieu appelé Ancon avoit pour étymologie celui de la reine Omphale, qui faisoit tribader ses femmes ensemble, puis les enfermoit indistinctement avec des hommes choisis pour briller dans ces sortes de combats.[133]

On sait ce que le despotisme oriental a toujours coûté à l’humanité et à l’amour; il a dans tous les tems foulé celle-là et profané celui-ci. C’est de Sardanapale,[134] l’un des plus vils tyrans de ces contrées, que vient l’idée et l’usage d’unir la prostitution des filles et des garçons.