Corinthe pouvoit le disputer à Samos pour la perfection de la prostitution publique; elle y étoit tellement révérée qu’il y avoit des temples où l’on adressoit sans cesse des prieres aux dieux pour augmenter le nombre des prostituées[135]. On prétendoit qu’elles avoient sauvé la ville. Mais en général les Corinthiens passoient pour posséder presque exclusivement l’art de la souplesse et des mouvements voluptueux[136]. On les reconnoissoit à une certaine tournure, à une coupe, à un galbe particuliers.

Les Lesbiennes sont citées pour l’invention ou la coutume d’avoir rendu la bouche le plus fréquent organe de la volupté[137].

Différens peuples se distinguerent ainsi par des usages bien étranges et plus fréquens chez eux que chez tous les autres; de sorte que ce qui n’est aujourd’hui que le vice de tel ou tel individu, étoit alors le caractère distinctif de tout un peuple. Ainsi, de ces peuples de l’isle d’Eubœ qui n’aimoient que les enfans et qui les prostituoient de toutes manieres, vint le mot chalcider[138]. Ainsi l’on créa celui de phicidisser pour indiquer une fantaisie bien dégoûtante[139]. On exprima l’habitude qu’avoient les habitans de Sylphos, l’une des Cyclades, d’aider les plaisirs naturels par ceux de l’anus, au moyen du mot siphniasser[140]. Ainsi l’on trouva des mots pour tout peindre dans des siècles de corruption où l’on éprouva de tout. De là, le cleitoriazein[141], ou contraction des deux clitoris; opération qu’Hesychius et Suida ont pris la peine de nous expliquer, en nous apprenant que ce travail se fait comme le frai de la carpe contre sa semblable; l’une s’agite quand l’autre s’arrête, et réciproquement (d’où le proverbe non fatis liques); de là l’expression de cunnilangues que Sénèque définit ainsi: Les Phéniciens différoient des Lesbiens en ce que les premiers se rougissoient les lèvres pour imiter plus parfaitement l’entrée du vrai sanctuaire de l’amour; au lieu que les Lesbiens qui n’y mettoient d’autre fard que l’empreinte des libations amoureuses les avoient blanches[142], et ce n’est pas la maniere la plus singuliere dont on ait paré ses lèvres; car Suétone rapporte que le fils de Vitellius les enduisoit de miel pour sucer le gland de son giton de maniere à augmenter son plaisir, en lubrifiant ainsi la peau fine qui revêt cette partie, la salive de l’agent imprégnée de miel attiroit les flots d’amour. C’étoit[143] un aphrodisiaque connu et puissant pour les hommes usés. Mais Vitellius faisoit cette cérémonie tous les jours et publiquement sur tous ceux qui vouloient s’y prêter[144]; ce qui n’est guere plus bizarre que ces libations (semen et menstruum) que certaines femmes, selon Épiphane, offroient aux dieux, pour les avaler ensuite[145].

Je finis cette singuliere récapitulation par demander aux moralistes si les anciens alloient beaucoup mieux que nous, et aux érudits quel service ils croient avoir rendu aux hommes et aux lettres, quand ils ont déterré ces anecdotes et tant d’autres pareilles dans les archives de l’antiquité?

ANNOTATIONS DITES DU CHEVALIER
DE PIERRUGUES

SUR L’ANAGOGIE

Anagogie, recherche du sens mystique des Ecritures, ravissement ou élévation de l’esprit vers les choses divines; du grec Αναγωγη, formé de ανα, en haut, et de αγω, je conduis.

«Le sens anagogique, dit le révérend père Lamy (Introduction à l’Ecriture sainte, liv. II, chap. II), explique de la félicité éternelle ce qui est dans l’Écriture de la Terre promise; c’est le ciel dans ce sens. La Jérusalem de la terre, c’est la Jérusalem céleste; l’homme formé d’abord de la terre, animé ensuite du souffle de Dieu, est l’image de l’homme revêtu d’un corps corruptible, qui ressuscitera un jour immortel. Il faut remarquer ici que les prophètes n’ont pas moins prédit ce qui devait arriver à Jésus-Christ et à son Eglise par leurs actions que par leurs paroles. Le prophète Osée, en épousant une femme de mauvaise vie, représente Jésus-Christ, qui, par son union avec l’Eglise, l’a purifiée de toutes ses taches. Le serpent d’airain élevé dans le désert, était la figure du Sauveur élevé en croix. La loi de la circoncision n’ordonnait à la lettre que de circoncire la chair, mais dans un sens spirituel elle signifie cette circoncision du cœur par laquelle les chrétiens doivent retrancher et réprimer en eux les désirs qui pourraient être contraires à la loi de Dieu.»