Auri sacra fames!...

Cette anagogie doit nous apprendre, dit le prieur de Sombreval, qu’il ne suffit pas à un père d’être bon lui-même, s’il ne travaille encore à rendre bons ses enfants; que Dieu, par les voies les plus inconcevables, venge l’injure faite aux choses saintes par l’abandon même de ce qu’il y a de plus saint; que rien ne l’irrite tant que les péchés des prêtres; qu’il ne protège enfin que ceux qui l’honorent, et ne fait éclater sa gloire que pour ceux qui se rendent dignes de lui.

II.—«La bête de l’Apocalypse, qui a 666... sur le front.»

La science des nombres n’est point une rêverie. Ecoutez plutôt ce que dit saint Jean dans l’Apocalypse (Αποκάλυψις, mot inventé par les Septantes suivant saint Jérôme pour désigner les Révélations de saint Jean) verset 18, nombre ignoble, chapitre 13, nombre fatal:

«Qui habet intellectum computet numerum bestiæ; numerus enim hominis est, et numerus ejus sexcenti sexaginta sex.»—«Que celui qui a de l’intelligence suppute le nombre de la bête, car son nombre est le nombre d’un homme.»

Les catholiques et les protestants, dit Voltaire (Dictionnaire philosophique, art. Apocalypse, sect. II), ont tous expliqué l’Apocalypse en leur faveur; et chacun y a trouvé tout juste ce qui convenait à ses intérêts. Ils ont surtout fait de merveilleux commentaires sur la grande bête à sept têtes et à dix cornes, ayant le poil d’un léopard, les pieds d’un ours, et la gueule d’un lion, la force d’un dragon; et il fallait, pour vendre et acheter, avoir le caractère et le nombre de la bête, et ce nombre était 666.

Bossuet trouve que cette bête était évidemment l’Empereur Dioclétien, en faisant un acrostiche de son nom. Crotius croyait que c’était Trajan. Un curé de Saint-Sulpice, nommé La Chétardie, connu par d’étranges aventures, prouve que la bête était Julien l’Apostat. Jurien prouve que la bête est le pape. Un prédicant a démontré que c’est Louis XIV. Un bon catholique a démontré que c’est le roi d’Angleterre, Guillaume.

C’est ainsi que s’en explique le grand homme. Mais cela ne prouve rien contre ces messieurs, car un savant moderne a prétendu, dans le temps, que cette bête de l’Apocalypse n’était autre que Louis XVIII, en décomposant le nombre six cent soixante-six de la manière suivante:

L50
V5
D500
O0
V5
I1
C100
V5
——
SUMMA666

Les chiffres romains forment, dit-il, un mot dont les chiffres arabes sont la désignation numérique et mystique; car additionnés, ils donnent le nombre 18, et de front, le nombre de la bête.