Un frisson me saisit, je tombe, je me meurs!
SUR L’AKROPODIE
Du grec ακρος, extrémité, et πόδια, chaussure, et par extension, retranchement du prépuce.
SUR LE KADESCH
Du grec καθεσις, introduction d’un instrument chirurgical, mutilation.
I.—«En Italie, cette atrocité n’a pour objet que le perfectionnement d’un vain talent.»
La dissolution des mœurs, la défiance et le despotisme des Orientaux ont inventé la mutilation que la polygamie a perpétuée. C’est à Spada, village de Perse, que l’on commença à dépouiller les hommes des organes essentiels de la virilité. De là, sans doute, l’origine du mot latin spado, qui signifie eunuque, castrat.
La plupart des peuples de l’antiquité ont pratiqué cet usage barbare. Sémiramis, si fameuse par son ambition, son courage et ses débauches, ordonna, au rapport d’Ammianus (Lib. IV, refert Semiramidem primam omnium mares castrasse), de châtrer les hommes faiblement constitués, pour leur ôter les moyens de propager des races débiles, et le législateur de Sparte, imitant cette cruelle politique, la consacrait par des lois. L’histoire nous a transmis le souvenir du fanatisme déplorable qui poussaient les prêtres de Cybèle (Lucian, De Dea Syria) et les Valésiens à altérer leur existence par la castration. Elle fait également mention d’Origène, qui, pour se détacher entièrement des choses de la terre et ne s’occuper que des choses célestes, mais interprétant trop rigoureusement le passage de saint Mathieu: «Il en est qui se sont châtrés pour acquérir le royaume des cieux (Cap. XIX, v. 12)», se soumit lui-même à la mutilation «et outrepassa le but, dit Virey, en retranchant la source de la force et le mérite de la résistance contre les tribulations de ce monde».
Les motifs d’une excessive jalousie qu’ils portaient de leurs femmes, sans cesse exposées dans ces climats brûlants à devenir avec facilité la conquête de tous les hommes, ont pu seuls inspirer aux peuples de l’Orient l’affreuse idée de mutiler un sexe pour le commettre à la garde de l’autre. Et c’est particulièrement à ces raisons qu’il faut attribuer l’origine des eunuques (Du grec ευνη, lit, et εχω, je garde) et des sérails, où ces êtres dégradés sont investis de la surveillance des femmes destinées à leurs plaisirs, emploi qui a beaucoup d’analogie avec celui des duègnes, en Espagne, chargées de veiller sur la conduite des dames confiées à leurs soins.
C’est dans la plus tendre enfance et jusqu’à l’âge viril que cette cruelle exécution s’exécute, au moyen de ligatures imbibées d’une liqueur caustique ou d’un cordon de soie que l’on serre autour de la verge et du scrotum; peu de jours suffisent à l’entier rétablissement de ces infortunés. Privés ainsi de tous les caractères de leur sexe, et n’inspirant plus de crainte par leur impuissance complète, ils sont reconnus capables de l’emploi d’eunuques, et dès lors ils ont le droit d’approcher des femmes renfermées dans les harems. Sans aucune sensibilité quelconque, pâles et d’une démarche traînante, imberbes et le corps flétri, bien que jeunes encore, ils portent sur un visage profondément sillonné de rides tous les signes d’une vieillesse prématurée; et l’on pourrait dire d’eux ce que saint Chrysostome disait de l’eunuque Eutrope: «Quand son fard est ôté, son visage paraît plus laid et plus ridé que celui d’une vieille femme.»