Au livre de Judith, chap. XIII, v. 8, 9 et 10, on voit la jolie veuve de Monassès, la fière Judith, aller dévotement en bonne fortune trouver dans sa tente l’Assyrien Holopherne, qui assiégeait Béthulie, et, à l’âge de 65 ans (c’est l’âge que lui donne le révérend P. Dom Calmet), inspirer à ce général une violente passion, auquel, hélas! et quatre fois hélas! pour vous plaire, ô mon Dieu! elle coupa le cou d’un coup de son propre coutelas, après avoir couché avec lui.

Nous voyons au livre d’Esther, chap. I et II, v. 11 et 8, Assuérus, qui régnait de l’Inde à l’Éthiopie sur cent vingt-sept provinces, répudier la belle mais insolente Vasthi, qui refusait de montrer sa beauté in naturalibus aux libertins de sa cour; et puis usant de son privilège de despote, parmi les trois cents belles vierges qui lui furent amenées pour être ses courtisanes, choisir l’aimable et mignonne Esther et l’admettre à l’honneur de partager sa couche royale.

Le livre d’Ézéchiel justifie par ses peintures hardies celles du Portier des Chartreux. Il vous offre, aux chapitres XVI et XXIII, le tableau des mœurs abominables dont étaient infectés Jérusalem et tout le pays d’Israël sous les rois successeurs de David. Les fameux emblèmes d’Ool et d’Oolibra nous font voir les femmes de ces contrées forniquer avec tous les passants, se bâtir des b....., se prostituer dans les rues (Cap. XVI, v. 15, 16, 31) et rechercher avec emportement les embrassements de ceux quorum carnes sunt ut carnes asinorum; et sicut fluxus equorum, fluxus eorum (Cap. XXIII, v. 20).

Le livre d’Ozée, dit Voltaire, est peut-être celui qui doit le plus étonner les lecteurs qui ne connaissent point les mœurs antiques. En effet, comment concevoir, à moins de faire le sacrifice de sa raison, que le Seigneur puisse ordonner si positivement à ce petit prophète d’aller s’évertuer avec une femme de mauvaise vie et de lui faire des enfants de prostitution, puis lui enjoindre d’aller se gaudir avec une femme qui non seulement ait déjà un amant, mais qui soit adultère (Ozée, cap. I, v. 2) et dont la jouissance coûte à Ozée quinze pièces d’argent et une mesure et demie d’orge?... (Ozée, cap. III, v. 1.)

Je ne dirai, et seulement par liaison, que peu de chose de ce que nous rapporte le Nouveau Testament des galantes aventures de la Madeleine qui, pleurant sur les débauches et les désordres de sa vie passée, devint un modèle de vertu, comme elle avait été un scandale de prostitution, ainsi que Marie Égyptienne, une autre fille de joie, dont les débauches furent effacées par une vie pénitente de quarante ans, qu’elle passa dans le désert sans manger.

Je borne ici le tableau des prostitutions et des turpitudes du peuple hébreu, que certes on ne doit point envisager conformément aux idées que nous avons reçues sur les lois de la décence et de la pudeur. Ces mœurs, si éloignées des nôtres, n’étaient point grossières dans ces temps reculés, et ne paraissent confondre notre faible raison que parce que nous ne pouvons sonder les profondeurs mystérieuses de ce peuple élu, manifestement conduit par le doigt de Dieu; profondeurs qui nous seront peut-être un jour dévoilées, alors que les dies iræ seront arrivés, pendant lesquels les balances d’or de Monseigneur saint Michel pèseront nos futures destinées dans la vallée de Josaphat (Teste David cum Sybilla).

La prostitution fut connue de tous les peuples de l’Orient, qui la pratiquaient sous l’emblème des divinités génératrices. Influencés par des climats constamment brûlants où le soufre, mêlé à tous les végétaux et les drogues les plus échauffantes, occasionne dans le sang et le cerveau de ces explosions qui mènent l’esprit jusqu’au délire, ces peuples les honorent par des actes de la plus révoltante impudicité, tribaderie, pédérastie, bestialité, sodomie, onanisme et jusqu’à la profanation des cadavres de femmes, tout y est mis en usage pour stimuler leurs désirs éhontés. Mais la volupté ne paraît avoir nulle part établi son empire avec plus de dépravation et de lubricité que dans la Grèce et chez les Romains. C’est Orphée, dit-on, qui le premier introduisit dans la Thrace l’amour infâme des hommes, παιδεραστια:

(Ille etiam Thracum populis fuit auctor amorem

In teneres transferre mares, citraque, juventam