A propos de l’Erotika Biblion, Lemonnyer[11] cite cet Article découpé d’un journal de l’époque: «20 août. Il paraît un livre nouveau dont le titre seul est effrayant: il porte Errotika Biblion. A Rome, de l’imprimerie du Vatican, 1783, volume in-8o. Son objet est de prouver que, malgré la dissolution de nos mœurs, les anciens étaient beaucoup plus corrompus que nous, et l’auteur le fait méthodiquement et par une comparaison suivie, à commencer depuis les Juifs compris, ce qui s’établit à leur égard par des citations des livres saints qui ne sont pas fort édifiantes. De là une érudition immense et les tableaux les plus licencieux plus forts que ceux du Portier des Chartreux.

Ce livre est fort rare: on prétend qu’il n’y en a eu que quatorze exemplaires distribués dans Paris, et que le reste a été saisi par la police.» Lemonnyer cite encore un autre article:

«28 novembre 1783. L’Errotika Biblion n’a qu’environ 18 feuilles d’impression in-8o et est subdivisé en dix titres d’un seul mot, qui ne sont pas plus intelligibles au commun des lecteurs. Ils formeront comme autant de chapitres séparés, dont la liaison a peine à se découvrir, mais dont le but général est assez celui indiqué de prouver que les anciens nous surpassaient infiniment du côté de la corruption des mœurs: ils sont, dans leur brièveté, remplis de recherches savantes et même infiniment curieuses, qui rendent l’ouvrage aussi érudit qu’agréable.

L’auteur, outre le talent de posséder parfaitement les langues mortes, a celui d’écrire très bien la sienne, de plaisanter légèrement et de singer souvent Voltaire; dans les tableaux très sales qu’il présente parfois, il se sert toujours d’expressions honnêtes ou techniques; du reste, il paraît fort versé dans l’art des voluptés et en donne des leçons que lui envieraient les Gourdans et les Brissons, en un mot les plus experts en ce genre.

Les éditeurs annoncent dans un avis qu’ils ont du même auteur d’autres manuscrits du même mérite et d’un intérêt non moins piquant, et ils promettent de les livrer incessamment au public; on ne peut que le désirer avec avidité.»

La préface de l’édition de 1833, dite édition du chevalier de Pierrugues (v. Essai bibliographique), contient un excellent résumé de l’ouvrage. Ce résumé sous forme de commentaire ne saurait manquer d’intéresser les curieux et amateurs de lettres.

Le voici:

«Dans le chapitre par lequel il ouvre son écrit immortel, Mirabeau, avec cette finesse d’esprit et ce talent d’observation admirable, ridiculise le système absurde de tous les sectateurs qui, marchant sur les traces de Shackerley, prétendraient, comme le philosophe Maupertuis, soutenir que le phénomène étonnant, cette bande circulaire solide et lumineuse qui entoure à une certaine distance le globe ou l’anneau de Saturne dans le plan de son équateur, que découvrit Galilée en 1610, était autrefois une mer; que cette mer s’est endurcie et qu’elle est devenue terre ou roche; qu’elle gravitait jadis vers deux centres et ne gravite plus aujourd’hui que vers un seul.

Il sape ainsi par leur base les vaines théories des hommes sur les lois de la nature, qu’ils nous présentent comme d’incontestables vérités et qui, dans le fond, ne sont que les extravagantes rêveries de leur cerveau.