Mistral inaugure un poème sans rimes. Il est de ces dieux auxquels on peut dire: Que leur volonté soit faite! La question en elle-même n’existe guère. Les rimeurs ont fait leurs preuves de chefs-d’œuvre. Les chemins sont ouverts à la rime assonante, que l’auteur des Poèmes Saturniens déclare ne pas aimer:

... Fi de l’aimable et fi de la lie!

Et je hais toujours la femme jolie,

La rime assonante et l’ami prudent.

Plusieurs qui y excellent ont supérieurement enseigné d’exemple (et bien que leurs vers réguliers me semblent préférables), qu’on pouvait produire de nobles et charmants poèmes, aux gracieuses idées, aux images neuves, aux vers précieux, sans toujours les rimer. Et, si je leur adressais un reproche, ce serait même celui de rimer quelquefois. Il y a autant, voire plus de difficulté à ne rimer jamais qu’à rimer de temps à autre. Mais une expresse loi n’est-elle pas désirable et nécessaire? Si l’assonance peut sembler insuffisante, c’est après une série de rimes. De même, l’oreille exercée par une suite d’assonances se sentira blessée par la trop nette précision d’une rime inattendue.

Mais tel ne saurait être l’avis de poètes qui, précisément, prétendent libérer par l’extension des moyens, les idées soi-disant emprisonnées dans les moules des formes trop familières, les percussions de sonorités trop prévues.

Gautier ne pensait pas ainsi; la présente strophe en fait foi:

Point de contraintes fausses!

Mais que, pour marcher droit,