Versailles, août 98.
XXI
A Bernard de Gontaut-Biron.
LA RÉPUBLIQUE DE SAINT-FRUSQUIN
A la Monaco, l’on chasse et l’on déchasse;
A la Monaco, l’on chasse comme il faut.
Fanfare.
Léopardi et Ernest Hello, l’un en sa hautaine ironie, l’autre en son sens profond, son aiguë, auguste et quasi oraculaire pénétration du mystère, ont formulé sur ce propos de l’argent des choses pleines de frisson. C’est que l’argent est essentiellement mystérieux; et ceux-là seuls l’ont traité dignement qui l’ont abordé sous ces espèces frissonnantes. Léopardi, dans un saisissant paragraphe de ses œuvres morales, nous désabuse sur l’effectivité des offres de service en la matière; quand bien même, dit-il, le supposé prêteur serait entré dans le détail (il ne s’y attardera que pour nous faire rougir!) de toutes les circonstances de temps et de lieu où nous pouvons, nous devons nous adresser à lui. Que l’éventualité prévue se présente ainsi qu’il l’a lui-même spécifié, et sommes-nous assez naïfs pour le lui rappeler, avant que nous ayons eu le temps de l’en saisir, le voilà en fuite! Ce que Léopardi nous laisse à deviner—et il faut qu’il en soit ainsi pour la totale perpétration du mystère—c’est que le pseudo-prêteur doit être d’une égale bonne foi lors de sa proposition et dans sa retraite, car c’est précisément l’accomplissement de la loi pécuniaire qui s’oppose ainsi fatalement à la réalisation de l’offre et de la promesse.
Une spirituelle et généreuse femme sans grande fortune, avec qui je raisonnais de ces choses et qui s’en étonnait comme moi, concluait après un silence: «Et qui sait si, devenus riches, nous n’exercerions pas nous-même l’iniquité qui nous indigne, comme ces piétons énervés qui finissent par se précipiter sous les pieds du cheval qu’ils ont vu venir?»