Les gagnants Tant mieux le citeront à cet alinéa digne du Temple de Saint-Frusquin
..... innocent et splendide
Comme un pavé d’autel qu’on lave tous les soirs!
Mars 98.
POST SCRIPTUM
I
En 1894 je prévoyais, je pronostiquais, j’appelais une abondante rééclosion de la correspondance de Mme Valmore. Elle a refleuri. En 96 ce sont en effet les deux volumes publiés par M. Rivière, selon un choix fait parmi des lettres quatre fois plus nombreuses, et qu’il n’appartient de juger qu’à ceux qui ont pris connaissance de l’ensemble de cette correspondance léguée à la bibliothèque de Douai par le fils de la femme-poète. Ce qui a paru est plein de toujours tendrement saisissantes beautés. Une chose étonne: la publication de la lettre à son frère (1813) et des deux suivantes, publiées dans la préface, moins par le fait de ce qu’elles révèlent[59]—(que la poésie qui les accompagne, parue dans les premières éditions, avait révélé au lecteur attentif); mais parce qu’Hippolyte Valmore, soucieux (il l’a prouvé par la destruction d’une partie de la correspondance) de supprimer, d’anéantir toute cette région du passé maternel, n’a pu léguer ce manuscrit aux archives Douaisiaines. D’où émane-t-il? Est-il unique? ou d’autres lettres contiennent-elles d’autres parts du secret?—M. Loliée, dans un juste et judicieux article (18 juin 98, Revue Encyclopédique), écrit ceci: «En premier lieu, manquent totalement les lettres de jeunesse et de passion, celles dont la recherche a été la plus active, celles qui auraient enfin résolu d’une manière flagrante le problème irritant dont on s’occupe encore.»—«Peut-être qu’en cherchant bien, écrit Chateaubriand, on pourrait retrouver quelques-unes des lettres que Rancé écrivait dans sa jeunesse à Mme de Montbazon, mais je n’ai plus le temps de m’occuper de ces erreurs.»—Et il ajoute: «Il s’est formé une solitude dans les lettres de Rancé, comme celle dans laquelle il enferma son cœur.» Cette noble phrase s’appliquerait à la correspondance amoureuse de Marceline Desbordes.
[59] J’y renvoie le lecteur.
A ce propos, sied-il de tenir compte du fascicule paru à Douai en 96 sous ce titre: un Épisode peu connu de la vie de Marceline Desbordes-Valmore d’après une lettre inédite écrite à son amant, reproduite en fac-simile, par Louis Vérité—et publiée dans une intention peu sympathique. «Un collectionneur de nos amis, écrit l’auteur de cet opuscule—possède une lettre autographe de Marceline non datée ni signée, la seule connue de ce genre et vraisemblablement écrite vers 1809 ou 1810, lettre des plus suggestives qui a probablement échappé au feu. Après bien des tergiversations, et en présence de l’indiscrétion commise par M. Rivière[60], notre ami a fini par nous autoriser à la reproduire en fac-simile.»—Le malheur est que ladite lettre et dont l’écriture est reproduite en réduction de moitié, et qui pourrait bien être authentique, est vraiment d’une suggestion anodine. Les appellations de bien-aimé, petit ami, mon Olivier (du nom fictif d’un personnage des Elégies) sont insuffisantes pour éclairer le débat que d’un anonyme rayon de tendresse. La réclamation de trois nouvelles promises, ou d’une seule dont les trois personnages seraient un amputé, un «pauvre poète déchu» et surtout un «barbier laid et intéressant» tous trois évoluant «en Espagne»—ne renseignent que faiblement sur l’œuvre de l’homme de lettres adoré. Qui sait pourtant (le document supposé authentique, et dans le cas où ce projet de nouvelle se serait effectué) si là ne réside pas pour quelque fureteur de bouquins surannés le germe de la vérité enfin connue?—La dernière ligne de la lettre: «Je te verrai samedi, au coin du feu de mon amie» concorde bien avec le rôle à la fois tutélaire et funeste prêté à cette amie Délie (Zélia) par ce qui est avéré de l’aventure.