[60] La publication des trois lettres précitées.

Une autre collection de lettres, dont quelques-unes, ce me semble, avaient déjà paru, fut mise au jour par M. Pougin qui publia son premier article sur La jeunesse de Desbordes-Valmore dans la Nouvelle Revue, en février 1894.—«On pourrait reprocher à l’auteur de cet intéressant recueil, écrit M. Loliée, d’avoir passé sous silence les différents promoteurs du dernier mouvement de renaissance littéraire, comme il s’est manifesté de 1896 à 1898, fervent et bruyant, autour du nom de Marceline Desbordes-Valmore.»

Mais que d’inédit encore! Ma personnelle collection s’est récemment encore augmentée d’une correspondance: trente-quatre lettres à Mme de Bussières, née Héloïse Saudeur, grande amie de la famille; et une douzaine de touchantes lettres d’Ondine à la même.—Collections toujours abondantes en de ces charmes douloureux d’un tour personnel, d’un accent passionné et contenu, qui, lorsque l’ensemble en sera mieux présenté par des éditions moins fragmentaires, seront reconnus pour une originale forme de pensée et de sentiment bien spéciale à celle qui, Sapho chrétienne, en poésie, méritera, comme épistolière, d’être qualifiée: une tendre Sévigné du malheur.

Une autre bien émouvante correspondance, historique celle-là (inédite aussi), m’est communiquée par M. Georges Charpentier. Cinquante lettres adressées à son père, dont une tracée sur un papier du même rose qu’une autre que je transcris de Verlaine. Un rose éteint et lassé dont se dut énamourer la chère femme qui aimait les rubans; le rose de cette pâte de fleurs qu’on fait en Orient de roses cueillies à l’entour du Saint-Sépulcre, et dont on fabrique des chapelets parfumés. Nuance allégorique du Calvaire gravi dont ces lettres, en dépit de l’intelligente bonté du correspondant, énumèrent les stations poignantes. Que de détails éloquents! que de notes originales en cette misère magnanime! «Lettre adressée (a tracé au crayon l’Éditeur éminent sur une page datée de Lyon en 35), en apprenant par le journal l’incendie de la rue du Pot-de-fer où j’ai perdu plusieurs milliers de volumes».—«Si nous avions autre chose que les dettes de notre ancien directeur à payer sur notre travail, écrivait Mme Valmore, je vous enverrais de l’argent. Cette joie m’étant refusée, je vous envoie, par cette lettre, la quittance des derniers trois cents francs que mon mari avait acceptés pour les Nouvelles Anglaises.» Et il ajoute: «Inutile de dire que j’ai refusé les 300 francs de cette admirable femme.»—Plus loin, c’est cette lubie superstitieuse et artiste en cette pénurie généreuse: «Cher monsieur Charpentier, depuis hier je suis plus triste. J’ai mis dans ma tête que ce nombre treize que vous m’avez donné de l’Atelier du vieux peintre me portait malheur. Ayez pitié de cette faiblesse de femme, et reprenez-moi cent francs que je vous envoie. Le sort me semblera rompu, et je terminerai d’un cœur plus libre.—Si vous refusiez, vous me feriez du mal.»

Je voudrais encore dire un mot de l’iconographie de Mme Valmore. L’article de M. Loliée la reproduit presque intégralement. «Si l’on m’a aimée, c’est pour autre chose qu’une grande beauté», écrit Marceline. Ses portraits en font foi. Il y a pourtant du charme dans le portrait à la lyre de la bibliothèque de Douai, œuvre de l’oncle tant aimé, Constant Desbordes. Mais le buste n’est-il pas bien opulent, la taille bien courte? C’est sans doute ce dernier défaut qu’a voulu dissimuler le grand portrait par Desbordes encore, au Musée de Douai. Mais l’autre défaut s’y accuse davantage. Ce dernier portrait, accoudé de face et la tête dans les mains, à rêver au-dessus d’un livre qu’on ne lit plus, mais dont les souvenirs «roulent dans la tête malade», est une figure d’inspirée, de voyante, de Sybille, avec presque une expression de stigmatisée. Les deux autres portraits de Langlois et de Baugé, reproduits par M. Loliée, ne sont vraiment que des caricatures sans même l’intérêt de se donner pour telles. Le trois quarts de Devéria, que j’ai mis en tête de mon étude parue chez Lemerre, est d’une grâce agréable. Je possède encore une lithographie dont je ne connais pas d’autre exemplaire[61]. Celle-là de face, mais d’un visage bien lourd, à l’expression faussement pathétique d’un regard levé exagérément, sans extase vraie. Plus extatique le regard baissé du profil de David d’Angers[62], en cette expression de recueillement interne que j’ai notée chez la sublime Vierge de Botticelli de la collection Leyland:

Ses yeux sont baissés en extase.

[61] Un autre portrait non encore reproduit est, je crois, la propriété de Mme Henri Lavedan.

[62] Que je suis étonné de ne pas retrouver dans la nombreuse collection de médaillons de David d’Angers exposés au Louvre.

J’avais moi-même retrouvé, dans une ancienne édition de Mme Valmore, une épreuve jaunie de sa photographie, en 1865. La Revue encyclopédique en reproduit une semblable. Portrait suprême, émouvant en sa laideur triste, au sourire qui s’efforce au-dessous du regard, pénétrant encore, bien que si las! Les mains gourdes dans des mitaines sortent des manches pagodes, auxquelles s’assortissent bien la fanchon plate retenue par trois épingles, et le ruban à carreaux qui retombe en deux brides. Cette belle strophe pourrait s’inscrire au dessous:

Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé,