Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes:
Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes,
Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.
C’est donc une heureuse palingénésie que celle qui fait de la figure allégorique de M. Houssin (érigée à Douai en 1896) comme une résurrection de la femme poète, au-dessus de ses ans vécus, de ses atours fanés et de ses douleurs vaincues; sorte de Lady Macbeth innocente et étonnée de ne plus retrouver sur ses dolentes et courageuses mains la blanche traînée de tant de larmes.
Je dois à l’obligeance de Mme Maximin le don de souvenirs précieux, de petits sachets en rubans damassés ou chinés, sans doute assemblés de la main de Marceline elle-même, ou de ses filles; des fragments de bibelots sans valeur, mais sans prix; une agrafe à manteau figurant des cygnes de style Empire; une tasse de Chine; un coupe-papier d’ivoire au manche en forme d’un serpent dont l’aiguillon s’essaie en vain sur un miroir; symbole de cette vérité si chère à notre poète;—un livre de prières offert à Mme Valmore en août 43 «comme un hommage d’affectueuse admiration et un témoignage de vive sympathie pour un noble cœur affligé»—signé: Clémence.—Un album en cuir vert aux minces coins en argent, on dirait un ancien spécimen de cette élégante maroquinerie anglaise, depuis, si fort à la mode. Peut-être un souvenir du séjour d’Ondine à Londres, durant son professorat, dans la famille Curie. L’album contient une photographie d’elle, d’expression sympathique et pensive. Une autre d’Inès enfant. Puis de petits dessins, des griffonnages, sans beaucoup d’intérêt, ni d’art; des adresses, des copies fragmentaires, des citations, souvent anglaises, des fleurs séchées aux suscriptions sentimentales: «cueillie sur la place Saint-Ouen, à la porte fermée d’un ami.»—Un monument à la mémoire de l’inoubliable amie Gantier: un petit dessin à la plume représentant, sur un lit de fleurs et d’épines, un cœur ailé accablé par une croix, et dont émane une flamme en forme de banderolle où court l’inscription: satis, Domine, satis!—Et au-dessous: «La croix l’accable, mais il est soumis.» Puis de l’écriture de Mme Valmore: «dix avril, Calvaire de mon cœur. Les années n’ont pas aplani ta cime. Avec mes anges qui t’entourent, du moins es-tu heureuse, Albertine! Sperent in te.» De la sensiblerie d’imagerie religieuse, relevée par le haut goût du cœur, la profonde sincérité de l’inaltérable attachement. En un autre agenda, celui-là, de style Empire, seul bibelot joli, le «Souvenir» à la monture de nacre et de bronze, aux douze vignettes coloriées des mois, ce sont encore, et toujours entre ces griffonnages au jour le jour (rappel d’une visite de Mme Gay le 8 septembre 1822) des fantômes de fleurettes, violette, pensée, volubilis, bourrache, primevère; du lierre, des mousses, une graminée; et surtout une blonde mèche de cheveux dorés, de ces cheveux d’enfant desquels elle a écrit ce vers divin:
Que tes cheveux sont doux, étends-les sur mes larmes!...
En somme, tout le délicat décor interne de cet autre agenda dont l’intelligent hasard d’une vente a fait refleurir aux mains d’un ardent admirateur de Mme Valmore, tant de transparentes fleurs fanées entre lesquelles voltige plus délicatement encore un duvet de colombe, une plume de La Vie et la Mort du Ramier.
Quoi encore? une lorgnette monocle, à la monture dédorée, à l’ivoire jauni et fondu et dont l’unique regard dut si souvent se fixer sur la grande amie Mars.—Enfin une guitare, sans nul doute celle dont il est parlé dans cette lettre de la correspondance: «Hilaire a fait arranger ma guitare.—Pour la première fois depuis trois ans, j’ai rejoué de ce pauvre instrument dédaigné et les enfants se sont mis à danser jusqu’à nuit close...»—Pauvre guitare, elle n’a plus qu’une corde, l’incorruptible fil sur lequel le peintre anglais Watts fait à tout jamais voltiger invinciblement les consolatrices illusions de l’aveugle espérance!
II
Je possède plus d’une soixantaine de lettres et billets à moi adressés par Verlaine.