Cette clairière de poèmes moins touffus, plus aérés par l’étirement ad libitum de la pièce, parfois le vers libre intromis avec une aisance qui, chez tout autre, serait licence, mais ouvre là visiblement comme une prise d’air pour une poitrine oppressée, c’est le vrai champ d’évolution, la vraie aire de Valmore. Pas de dilettantisme exquis comme de l’y voir et suivre, voler, volter, courir, sourire, mourir... et se reprendre tout innocemment, inconsciemment, d’eurythmie native et d’ingéniosité ingénue, d’où ses compositions héritent ce galbe unique de complication naturelle et de simplicité si précieuse.
C’est là que sur la piste infailliblement originale jusqu’en la banalité, et captivante même en la niaiserie, éclatent avec plus de miracle, se détachent et s’isolent de ses prouesses consacrées inégalables par l’arbitre de ces tournois comme le juge judicieux de toute théorie d’esthétique: j’ai nommé Charles Baudelaire.
La deuxième famille est toute chantante: ode ou cantique, berceuse ou romance. L’auteur y englobait modestement toute son œuvre: «Quelques chansons méritent-elles que l’on s’occupe de moi et que l’on m’admette au livre de la science?»
L’Ode, c’est Au soleil, Au Christ, Chant des Mères, les Oiseaux, etc. Le Cantique, c’est Prière des orphelins, les Enfants à la communion, etc. Les deux Berceuses sont spécifiées telles par leurs titres: Dormeuse et Pour endormir l’enfant. Et il n’y aurait aucunement lieu d’être surpris d’apprendre que cette naïve inspirée qui nous avoue: «La musique roulait dans ma tête malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées à l’insu de ma réflexion...» d’apprendre enfin qu’elle n’aurait composé ses Dormeuses que pour avoir trouvé leur rythme et leurs rimes, leur matière et leur manière tout simplement les mieux aptes à faire descendre le sommeil.
Sommeil, ange invisible aux ailes caressantes.
Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante
Pour aider le sommeil à descendre au berceau?
Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau?
Pour les romances qui ne sont point toujours celles que le poète a étiquetées ainsi, et dont les plus belles concertent souvent ailleurs, elles sont sans nombre—rarement sans agrément, souvent pleines d’envol.