Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.
ou qu’il consolait dans ses splénétiques fiat nox, et tant de douloureux appels à la mort et à l’oubli.
Oui, si le présent et l’avenir recherchaient dans le passé une grande figure en laquelle incarner la tristesse de ce somptueux et amer poète, ne serait-ce point un Moïse un peu pareil à celui d’Alfred de Vigny (dont, soit dit en passant, Leconte de Lisle aimait à rappeler de distingués traits dans ses brillantes causeries, auprès d’intéressants récits sur Lamartine, Baudelaire, Flaubert)—un Moïse empli de lassitude découragée faite de pitié et de mépris, en face de la Terre promise du succès facile et de la popularité banale, là où il eut rêvé l’appréciation consciente et le couronnement passionné;—et lui chantant son renoncement volontaire et son splendide adieu dans le Dies iræ des Poèmes antiques.
Il est un jour, une heure, où dans le chemin rude,
Courbé sous le fardeau des ans multipliés,
L’esprit humain s’arrête, et, pris de lassitude,
Se retourne pensif vers les jours oubliés.
Reprends-nous, ô nature, entre tes bras sacrés!