Des exemples tels que ceux de la mort de Barbey d’Aurevilly, de Villiers d’Adam, de Verlaine, ébranleront-ils un jour les cœurs en frappant les yeux et les oreilles; et fondant les égoïsmes plus ou moins inconscients, procréeront-ils une génération de satisfaits ingénieux et cordiaux qui désarment eux-mêmes leurs propres cruelles épreuves par la compréhension sensible et efficace des misères d’un supérieur autrui, d’un prochain de génie et de ses détresses sublimes? Ces fils de famille-là s’ennobliront d’un peu plus de préoccupations de la famille humaine, et de réhabiliter, entrecouper pour le moins leurs féeries et leurs fêtes d’un peu de soin de mortels et impériaux calvaires, et de la visite à de certains grabats où des être géniaux agonisent.
L’Antoine Watteau du vers vient de rendre le dernier soupir des Fêtes galantes; poète qui, par un miracle d’anomalie et par les douze cents tableaux d’un chemin de croix aux stations de garnis et d’hospices, a fait s’égrener tout le chapelet des vains aveux et le rosaire des baisers roses, s’ébruiter toute la musique des harpes en vernis de Martin et des guitares burgautées; a fait se condenser en précise et harmonieuse vapeur toute la grâce ensemble nerveuse et poupine, maniérée et mignarde des embarquements pour Cythère: Cupidos en abbé, Scaramouche et Mezzettin, Clymène et Clitandre, Cydalise et Tircis; toute la population en saxe, criblée de mouches, pailletée d’affiquets et de fanfreluches, des indifférents et des bergers aux miroitantes cassures du satin de leurs armures délicates, dont le poète a synthétisé l’élégante afféterie en ses derniers poèmes de porcelaine, et bien spécialement en cette petite pièce:
Les donneurs de sérénades
Et les belles écouteuses
Échangent des propos fades
Sous les ramures chanteuses!
C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre,
Et c’est Damis qui pour mainte
Cruelle fait maint vers tendre.