Mon Zodiaque de lettres féminines est au complet. On n’y jetterait pas une épingle, — même à tête bleue. Douze signes, douze cygnes.
J’y vois Madame Edmond Adam, la vaillante doyenne de nos auteuresses et la robuste aïeule de nos politiciennes ; Gyp, qui est ma voisine et, j’ose dire, mon amie ; Judith Gautier, que je considère ; Daniel Lesueur, dont les facultés jouent avec une souple force, capable de redonner foi en la vie ; Madame Alphonse Daudet, qui a un joli brin de plume aux aiguilles de son tricot ; Madame Bulteau, qui traite ses lecteurs de napoléonienne façon.
Partout Lui, toujours Elle, ou brûlante, ou glacée,
Leur image, sans cesse assiège ma pensée !…
Madame Goyau, dont la culture désarme et dont la bonne grâce attache ; Madame Delarue-Mardrus, que j’admire et que j’aime ; Madame de Régnier, que j’apprécie sans la connaître, et Madame de Noailles, que j’admire sans l’aimer.
Enfin, la Princesse Bibesco, sur le seuil de ses Paradis, comme un charmant Saint Pierre féminin dont le trousseau compte huit clefs ; et certaine montagnarde dont j’ai oublié le nom, qui fait du Théocrite dans les Grisons, et du Lespinasse dans l’Engadine, brûle sur la glace, et nous apparaît un peu comme une Religieuse Portugaise de la neige.
J’entends une voix me dire qu’un zodiaque féminin, dans lequel ne figure pas Madame Séverine, a bien des chances d’être incomplet. Et comme je suis de cet avis, je propose d’associer Madame Goyau et Madame Bulteau, pour en confectionner de considérables Gémeaux. Deux têtes sous un même bonnet, deux bienséances sur un même siège. Cela nous rendra, pour l’auteur de Pages Rouges, le signe auquel il a droit, et que nous lui offrirons de grand cœur.
Quant à la Duchesse de Rohan, elle s’est mise à jouer aux Lettres, avec une puérilité enjouée dont je ne conteste pas la bégayante bonhomie, et comme les enfants font des trous dans le sable, ou organisent une dînette, au cours de laquelle une noix joue le rôle d’un poulet rôti, cependant qu’une crotte de chocolat prend l’importance d’un plum-pudding ; elle malmène l’alphabet, elle tripote les mots qui servirent à Montesquieu et à Chateaubriand, à Hugo et à Gautier (je ne cite que ceux-là) pour construire leurs pyramides ; et elle les dérange en petits pâtés, pour ses amis et connaissances. Elle fait penser à des écoliers brouillons et naïfs, qui auraient ouvert un médaillier, et pris des profils laurés pour jouer au bouchon. Comme ces espiègles sont bien gentils, on ne les gronde que juste ce qu’il faut. Seulement on leur reprend les Césars, pour les remettre dans le médaillier… dont on ne laisse plus traîner la clef.
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« C’est regrettable qu’il ne se soit trouvé, dans son entourage, personne pour la décourager ! » me disait fort bien un jeune homme qui, dans ce temps-là, ne manquait pas de clairvoyance, en me parlant d’une de ces dames fâcheusement atteintes de ce que j’appellerais volontiers : l’incontinence du rythme.