Une dame « vieille, aristocratique, bouffonne et bougonne » (ce sont à peu près les termes qu’elle lui consacre) se plaint de ce que Fœmina écrit trop souvent sur le sujet de l’auto. Ni l’un ni l’autre n’est bien méchant, pas plus d’en parler que de s’en plaindre. Fœmina n’est pas contente ; plutôt que de concéder un répit à la dame saturée de pétrole, elle refait, de son mode de traction préféré, le sujet de sa prochaine chronique, et assène à la réclamante les épithètes que je viens de citer, qui restreignent le champ de l’enquête. Vieille (ce n’est pas sa faute) ; aristocratique (il n’y en a plus guère) ; bouffonne (elle l’ignore) ; bougonne (c’est son droit). Il en résulte que ce n’est pas la Duchesse de Rohan, qu’on n’a jamais vue de mauvaise humeur. Une auteuresse, dont on fête les productions, n’est jamais de mauvaise humeur ; or, l’auteur de Lande fleurie est de toutes les Sociétés Littéraires, quand elle ne les préside pas, et on lui récite de ses œuvres, à bout portant, comme en pleine poitrine.
Une autre manifestation du mécontentement, celui-là beaucoup plus vif, s’exerce à propos de Madame Wagner, et s’exerce avec une acrimonie d’autant plus surprenante, de la part de la Sagesse, qu’elle n’en offre aucun autre exemple et que celui-là (qui se trouve dans le Roman) est quasi foudroyant. Je voulais d’abord citer le morceau, si vous voulez, le portrait, qui est une caricature, haute en couleur, et en colère, légitime, d’ailleurs, comme toutes ses pareilles ; elles sont un droit. Mais j’ai préféré m’abstenir, aussi bien pour le modèle, que je respecte, que pour le peintre dont le sévère et digne maintien, partout ailleurs, me paraît, dans la circonstance, avoir procédé ab irato. Je ne crois pas à un malentendu entre l’une et l’autre (elles semblent faites pour s’entendre) plutôt à la querelle épousée de quelque ami en susceptibilité avec le Wahnfried. Ah ! comme, au contraire, je m’y représente bien, un soir d’entracte, l’auteur de « la Lueur » occupé à discourir, assis au-dessous du portrait de Schopenhauer, par Lembach, et près de certaine vitrine de papillons, qui lui fournira des similitudes.
Qu’il me suffise d’avoir démontré que la Dame s’irrite des contradictions et prouve ainsi que ses arrêts lui semblent plus incassables qu’elle ne le dit, quand elle plaisante. D’Aurevilly disait : blaguer. A d’autres minutes, elle parle plus simplement, plus sincèrement et alors, elle s’exprime ainsi, traitant un sujet : « Je suis, bien entendu, persuadée de le connaître à fond. »
C’est encore à son texte que je vais avoir recours pour m’aider à sortir de mon incidente, et je dis, comme elle : « Le détour était long, j’en conviens. »
Qu’importe, s’il nous ramène au point de départ, à l’heure où nous récapitulions des traits de modestie un peu suspecte, auxquels nous en ajouterons un dernier qui, celui-là, ne laisse pas d’être surprenant.
En tête de ce gros factum sur l’Angleterre, il y a une épigraphe. Comme elle n’est pas guillemettée, on doit supposer qu’elle est de la Patronne. Voici ce qu’elle profère :
« — Parle-nous de ces choses.
— Mais je n’y entends goutte.
— Parles-en d’autant plus ! A force d’expliquer ce que tu ignores, peut-être enfin le comprendras-tu. »
Que dites-vous de cela ?