Stéphane Mallarmé.

Paris, 87, Rue de Rome,

Mon cher Montesquiou,

Vous êtes celui que je serai toujours heureux de voir : car si nos esprits s’accordent, je ne sais pourquoi, aussi vous avez d’autre part établi entre nous maints liens d’une sympathie intime. Ou plutôt si ! Je me rends compte qu’avec votre pénétration vraie vous avez lu beaucoup du charme de l’être délicieux qui fut notre trésor et la joie d’ici ; et maintenant vous ne l’oubliez pas. Je vous remercierai.

Votre

Stéphane Mallarmé.

Poignant ressouvenir que ne pourrait qu’affaiblir tout commentaire. Et pourtant j’ai parlé d’un malentendu noué silencieusement, dénoué de même, mais non sans une gêne et une tristesse que la mort seule dénoua.

Voici encore deux billets, à propos de mes livres :

« Vous êtes un ample et ingénieux magicien. Merci du livre que vous laissâtes si amicalement, un jour de cet été. Mille fois je m’y suis promené et reposé, et j’en ai surveillé l’ensemble fastueux ; il s’exhale, de son infini jardin, un très puissant enchantement. La luxuriance, quand c’est la multiplication de la délicatesse, est, tout à fait, un aspect de la poésie. Vous me l’avez indiqué, dans cette rare lecture, jusqu’ici comme personne. La sensation donnée paraît celle de quelqu’un de supérieur existant en vers, suavement, éperdûment ou à l’orientale, d’un génie résumant la rosée possible de tant de fleurs. Je suis heureux de posséder le Chef des Odeurs Suaves. Recevez mon amitié.

S. M. »