Valvins par Avon, 22 juillet 1895.
Mon cher Poète,
La croyance a ceci que quelques-uns pensent exclusivement en vers, et ne sauraient ne pas le faire, vous l’illustrez jusqu’aux délices dans ce surprenant livre le Parcours du Rêve au Souvenir ; dans lequel, je dirai, vous respirez en vers. Le millier de bulles vitales et chantantes s’assemble dans un diaphane suspens de kiosque où entre les perles au rire isolé, tout à coup de grandes harmonies, belles comme sous un retour invisible de lointain. A mon ravissement, c’est très mille et une nuits spirituelles, illuminations par un génie éblouissant et narquois, qui sait que l’office du poète est d’abord de donner une fête.
Votre lecteur
S. M.
« Exclu de toute participation aux déploiements de beauté officiels » selon une expression de lui, que je retrouve dans Carlyle[52], la participation lui suffisait, aux déploiements de beauté de sa forêt de Fontainebleau. C’est là que je le vis une dernière fois en un pique-nique d’automne. Y prenaient part les Mirbeau et les Rodenbach. L’auteur de l’Après-Midi s’était levé de bon matin, pour balayer de tout papier incongru ses chers sous-bois. C’est qu’il avait comme une pudeur pour ces arbres royaux, l’homme qui s’écriait : Palmes ! comme un autre se fût écrié : Peste !
[52] « Partout exclu, comme sur l’eau flotte l’huile, de toute participation à un emploi quelconque… » Sartor Resartus.
Il me plairait l’avoir humanisé, sans le vulgariser, l’avoir rendu plus familier à ses proches, mieux accessible à de plus distants, l’auteur que ses disciples défendent déjà contre l’accusation de ne pas se montrer strictement grammatical ; l’auteur dont s’inspire aujourd’hui Monsieur Hervieu, au dire d’un journal du matin[53], l’auteur dont, qui sait ? on écrira peut-être quelque jour :
Enfin Mallarmé vint, et le premier en France…[54]
[53] Le Gaulois, 15 Janvier 1900.