Et l’élan de l’extase est si contagieux,

Et le cœur à prier si bien se tranquillise

Que plus d’une pendant les soirs religieux,

L’été, répète encore les Ave de l’église ;

Debout à sa fenêtre, ouverte au vent joyeux

Plus d’une, sans ôter sa cornette et ses voiles,

Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux

Le rosaire aux grains d’or des priantes étoiles !

J’attirerai encore l’attention sur le pénétrant dénûment dont il sature, par l’emploi expressif qu’il en fait, l’indigente sonorité du mot pauvre, que j’ai retrouvé, dans cette exceptionnelle acception, chez de ses élèves distingués ; un honneur d’en avoir formé sans l’avoir voulu, un lustre aussi de l’avoir été. C’est ainsi que la lampe guérit la chambre « de la pauvreté d’être obscure » ; que les réverbères grelottants et exposés aux intempéries sont des pauvres parmi les luminaires ; que « la nuit est seule, comme un pauvre ». L’opposé de ce minable adjectif serait, dans cette prosodie, le mot dimanche, qui, lui, la tiédit d’une paisible joie. Le verbe pleuviner appartient bien en propre à Rodenbach, et contient toutes les fines et grises aiguilles de pluie dont le ciel du Nord se coud à son reflet dans le canal.

Je citerai encore, du pénétrant petit roman La Vocation, le détail maternellement féminin d’un coussin qu’une dame avait fait remplir de la tonte blonde et bouclée de son enfant grandi, et qui lui chuchotait à l’oreille quand elle y reposait la tête, les souvenirs dorés de sa vie. Cette mère dut être celle même de Rodenbach. J’ai vu d’elle, chez feu notre ami, un portrait, du reste sans autre intérêt que cette histoire qu’il me conta : un peintre logé vis-à-vis fit, d’après la jeune femme à sa fenêtre, posant ainsi périodiquement à son insu, ce portrait qui fut retrouvé et racheté dans la suite.