Comme on ôte le sable où dort le diamant. »

Et le visiteur, souvent charmé, toujours fasciné, devant la révélation de ces dessins qui n’ont d’équivalent que dans certains tracés médiumniques, de ces dessins que l’on comprend mieux en sachant que l’auteur restait parfois de longues heures à contempler les araignées tissant leur toile, s’ébahira une fois de plus au souvenir de celui qui fut l’Ixion du « Moëllon lithographique ».

« Je roule cette pierre depuis cinquante ans » a-t-il écrit sur un rocher qui occupe le centre d’une de ses compositions. Daniel qui habita un temps, rue Fosse-aux-Lions, mais qui, toute sa vie, fut livré aux bêtes. Artiste que Gautier eût rangé parmi ses grotesques, Vallès, parmi ses réfractaires, Verlaine, entre ses maudits, et que j’intitule, moi, le Job du Burin.

Quant à son caractère, d’une pure rusticité bonasse et naïve, il l’assimile, sur de certains points, au frère Junipère des Fioretti, ou encore au Saint-Joseph de Cupertino des Physionomies de Saints.

J’ai, devant moi, deux portraits de Bresdin, en des temps meilleurs ; l’un, une gravure de M. Aglaüs Bouvenne, présente une tête de reître, à la barbe touffue, au crâne socratique, assez semblable au Verlaine des dernières années. L’autre, bien préférable, une photographie du bonhomme, assis, jambes croisées, en attitude familière, sous son paletot de grosse étoffe, son pantalon à carreaux, sa pipette à la main, la tête débonnaire et volontaire, paysanne et fine.

Ixion a cessé de rouler sa pierre, à Sèvres, le 11 janvier 1885. Daniel s’est évadé hors de cette fosse aux lions que fut pour lui l’existence humaine. Job a rendu le dernier soupir dans un grenier de quarante mètres de long, où il s’efforçait d’acclimater la nature, et dont il affirmait avec orgueil, pour exalter les proportions d’un tel logis, qu’on ne saurait s’y asphyxier, à moins de vingt-cinq francs de charbon.

Son voisin, M. Henri Boutet, nous a légué une triste image de Bresdin sur son grabat de mort. C’est en un coin de grenier sordide, un lit, ou plutôt un coffre en planches ; et dedans, la dépouille : une sorte de vieux marmot barbu et chauve, une poupée en guenilles, aux menottes non rejointes. La paillasse est houleuse, le lit, trop court ; des hardes y sont accrochées. Par terre des sabots, une canne, une casserole, une caisse, un casque tonkinois frappé de coups d’ombre et de clarté par une lumière de chandelle.

Ce dessin a été racheté le 28 janvier 1891, Rue Drouot, dans la vente de Champfleury, qui a bien pu supporter la vue d’une telle image de sa victime ; Champfleury qui, alors directeur de la Manufacture de Sèvres, daigna suivre en la compagnie de MM. Cladel, Bracquemont, Boulet, et de quelques terrassiers, le convoi de l’homme dont il était convaincu d’avoir fait la célébrité…

Il lui devait sa fortune.

III
La Porte ouverte au Jardin fermé du Roi