Aux écrivains déjà mentionnés pour s’être occupés de Bresdin, il sied d’ajouter Cladel qui, dans Urbains et Ruraux, a consacré un chapitre à Bresdin, sous ce titre : Sous-cantonnier de l’Arc-de-Triomphe. Paul Arène dans Un Vieil Artiste, le chapitre qu’à son tour, il consacre à Bresdin, en son Paris-Ingénu, certifie le fait qui sert de thème aux variations de Cladel : « En 1880, l’année du rude hiver… alors que, presque aveugle, il (Bresdin) était réduit, pour gagner sa vie, à raccommoder, sous un hangar ouvert à tous les vents, les outils des ouvriers occupés à balayer la neige des rues. » — Un petit article signé Nives, dans L’Art Français du 12 janvier 1878, fait discrètement appel à la charité, en faveur de Bresdin, et précise le détail : « Bresdin, l’auteur du Bon Samaritain et de la Fuite en Égypte, Bresdin est balayeur ! Vous avez bien lu : balayeur… » — Væ Victis, dans un autre volume de Cladel : Raca, traite encore de Bresdin.

Le 13 janvier 1885, Monsieur Henry Fouquier consacre, lui aussi, dans L’Événement, à la mémoire de Bresdin, un bienveillant commentaire.

Les éléments de ce travail étaient rassemblés, quand il m’a été donné d’apprendre l’existence, et de faire la connaissance de Mademoiselle Rodolphine Bresdin, fille aînée et préférée du graveur. Malgré les irréparables dissensions qui divisaient alors le ménage de ses parents, elle rendit à son père, dans Sèvres, une visite indiquée au cours de l’étude de M. Fourès.

J’ai vu moi-même, chez Mademoiselle Bresdin, d’étonnants albums dont elle a patiemment et pieusement réuni les éléments divers. Lithographies et eaux-fortes s’y entremêlent de magnifiques dessins dont, à mon sens, voici la provenance. Je ne tiens aucun d’eux pour un original proprement dit, et tel est aussi l’avis de Mademoiselle Bresdin.

Au moment de livrer un de ses dessins à la plume, l’auteur en prenait un calque, aussi fouillé que le modèle, à en juger par ces spécimens. C’est une grande partie de ces calques dont la fille du graveur possède la collection. Elle est extraordinaire, et peut, et doit servir de prétexte à réunir autour d’elle, quelque prochain jour, une exposition de l’œuvre de Bresdin, sur laquelle le moment est plus que venu d’attirer l’attention du public artiste.

Les dessins de M. Capin, et ceux qu’on pourra çà et là se procurer, dans quelques rares cabinets d’amateurs, formeront, avec les lithographies et les eaux-fortes prêtées par tel ou tel, un ensemble respectable quant au nombre, mais bien principalement, quant au prestige. Ce qu’on verra dans ces dessins, ce seront les variations des thèmes que j’ai indiqués, mais infiniment plus précieuses ; de vieilles villes aux pignons historiés et mystérieux, et dont les clochers, pareils à des index aigus et levés, semblent dévider des nuages ; des montagnes, des défilés de maisons ; et devant, et parmi, sous d’étranges parasols, des foules lilliputiennes, des forêts pleines d’horreur sacrée, des paysages hantés de guerriers : Schamyl, qui fut un héros de Bresdin ; de plus anciens combats : des chars gaulois, la bataille d’Ascalon.

Et, sur l’eau, ce sont les mâts qui s’érigent, tels que les clochers de la verte et mouvante cité des vagues. — Puis, au-dessus de toutes ces choses, la Mort planant, l’inévitable persuasive, l’universelle réconciliatrice que, sans nul doute, l’artiste envisage, selon la belle figure de Madame Valmore, comme

« … cette cueilleuse d’âmes,

Ne les moissonnant pas pour en tuer les flammes,

Mais pour les délivrer de leur lourd vêtement,