Mademoiselle se contenta de répondre que l’impiété, et celle-là, plus notoire, avait commencé de se manifester en utilisant au Saint-Sacrement de l’Autel des robes qui avaient dansé sur des corps de Favorites. (L’étoffe était Louis-Quinze et d’une élégance qui justifiait la supposition.)
A une personne d’esprit, la réflexion pouvait sembler judicieuse; mais, encore une fois, la personne d’esprit ne se trouvait pas là.
Donc la Comtesse affirma qu’elle se chargeait de faire entendre raison au Curé. Elle lui renvoya l’ornement.
Le prêtre retourna la somme directement à Mademoiselle, qui la refusa, l’abandonnant pour les pauvres.
XX
Comment un tel état de choses pouvait-il se poursuivre? Plus aisément qu’on ne croit. Hermant en donne une raison, avec sa cinglante ironie. «La confiance—dit-il—est une manière d’être essentiellement aristocratique. Les personnes intelligentes sont plutôt enclines à se méfier.» C’est vrai. En outre, il n’est pas certain que le goût du souffre-douleur soit absent du plaisir de vivre. Chez quelques-uns, la soif de manifester leur autorité, par la répression, et leur supériorité, par la suppression, leur fait trouver, dans la présence de l’opprimé, une jouissance quelque peu sadique.
Mademoiselle la fournissait à la Comtesse, qui en usait, et en abusait, sans savoir autant de gré qu’il eût fallu, à celle qui peuplait sa solitude, distrayait son hivernage et faisait ressortir son infaillibilité.
Une secrète envie se mêlait à ces ressorts. Henriette jouissait d’une extraordinaire incapacité de lecture. Elle avait lu Servitude et Grandeur militaires d’Alfred de Vigny et, on ne sait pourquoi, Le Moulin Silencieux, de Sudermann. Enfin, un voyage en Suisse et des rencontres de table d’hôte lui avaient mis aux mains La Montagne, de Michelet, dont elle citait volontiers l’appel au secours des arbres verts, qu’elle nommait «le couplet de l’arolle».