On s’insurgea: «Pourquoi pas, plutôt, Mademoiselle, quelque jolie page d’André Theuriet, par exemple?»
Mademoiselle n’alla pas si loin, dans la concession; mais, pour la prochaine dictée, elle choisit, aux feuillets d’un gentil bouquin d’autrefois, sur le service intérieur, La Maison Réglée, le passage qui s’intitule ainsi: «Manière d’apprêter les compotes pour les personnes de considération.»
XXV
Mademoiselle avait un scrupule. Elle craignait que son délire Hugolâtre ne l’eût entraînée trop loin, ou du moins, de s’être mal expliquée à ce sujet. En effet, un doute pouvait planer; elle ne le voulait pas, ni qu’on pût attribuer à de la méconnaissance, ses sentiments envers notre brillant dramaturge national, pour qui elle avait du goût, sinon un culte, et que la maladroite appréciation d’un journaliste, à force de l’exalter avec excès, semblait plutôt menacer d’écrasement.
Pour tout remettre au point, l’Irlandaise résolut de confier à la Muse d’Edmond Rostand la séance littéraire dont la fête de la Marquise vint lui offrir une familiale occasion. La Comtesse, qui n’avait pas oublié le demi-scandale de la Pieuvre, songea bien à enrayer le nouveau festival; mais elle craignit de paraître peu gracieuse à l’égard de sa belle-mère; et d’un commun accord, on pensa que l’auteur choisi, justement sympathique à tant de masses, ne pouvait que se prêter à de nobles déploiements rythmiques. Seulement, Henriette, qui redoutait une nouvelle dépense de pétrole, décida que la soirée ferait place à une matinée. Cela éviterait aux enfants la veillée tardive et serait plus commode pour Monsieur le Curé.
Miss dut à cette décision de pouvoir emprunter aux Bonnes Sœurs les plus instruites de leurs petites élèves villageoises; ce qui lui permit de renforcer le débit et d’organiser des ensembles. Il fut, en outre, convenu que la récitation se bornerait à quelques morceaux, afin de laisser du temps pour goûter et pour faire un tour.
A la déception générale, l’organisatrice ne fit pas porter son choix sur quelqu’une de ces tirades célèbres qui ont fait la fortune d’une œuvre, laquelle est, sinon dans toutes les mémoires, du moins dans toutes les bouches; par exemple, le couplet des grands nez ou celui du petit chapeau. Non, l’Étrangère, toujours dédaigneuse des routes piétinées, voulut bien, d’abord, réciter elle-même le joli sonnet intitulé Sylvette, avec lequel l’auteur fit offrande à Mademoiselle Reichenberg de la brochure des Romanesques. Lorsque la récitante en fut aux deux tercets, elle aigrit volontairement son timbre, déjà sûret, pour l’assortir à ce qu’elle décrivait et réaliser quelque chose du genre de ce que Gautier appelait une «transposition d’art». Voici les vers:
«Et ta voix, que faut-il, Suzanne, que j’en dise?
Pastille pour la soif, piquante friandise,
Cristallisation rose et verte à la fois,