La lettre renfermait encore un instantané qui semblait avoir été rédigé par le Diable Boiteux ou l’Ange du Bizarre, le Roi Midas ou le Roi Freiligrath, la Reine Baba ou le Pape des Papous. Il comparait la Duchesse de Rohan à... Virgile, et ajoutait qu’elle s’était fait «une âme à la Pierre Loti». Vraiment, il y avait ça... qui se compliquait encore. L’Aïeule se trouvait avoir certain petit-fils («cet âge est sans pitié») évidemment le plus terrible des enfants terribles, puisqu’il couronnait de roses sa bonne-maman, fleurs sans doute empoisonnées, car à peine en était-elle ceinte que grand’mère se mettait à dégoiser du Musset, dans le parc, pour donner la réplique à son gendre, qui se trouvait être le «parrain de Max Dearly». Il y avait encore ça. Qu’est-ce que Jérôme Bosch aurait pu inventer de plus, le peintre des cauchemars?...

Visions terrifiantes, que couronnait, à son tour, un regret à l’adresse de Mam’zelle Vacaresco, seule jugée capable de supporter sans broncher un pareil spectacle. On s’en doutait un peu.

Mademoiselle fondit en larmes.

Tout de même, le lendemain, elle écrivit pour avoir le volume qui avait inspiré l’instantané, alléchée soudain, à l’espoir d’y retrouver du Jérôme Bosch. Elle fut déçue par d’assommantes compilations sur le passé comme sur l’avenir de la Mingrélie, qui sentaient, d’une lieue, la collaboration de famille et prétendaient donner du poids à... ce qui n’en avait pas.

Là-dessus, la pauvre dame, bien persuadée de faire concurrence au délicieux livre de la Princesse Bibesco, saupoudrait de vieux ana Bonapartistes, et de quelques blagues, des compliments à l’adresse des buffets.

Ça ne valait pas le voyage. Décidément, seuls, les vers de la Duchesse de Rohan méritaient d’être lus. Mademoiselle se le tint pour dit.


XXXV

Il y avait à prendre et à laisser dans les interminables diatribes qui bourdonnaient au long des corridors et des allées, comme des essaims désaccordés de guêpes sans venin et d’abeilles sans miel. Mademoiselle ruminait, récriminait, incriminait, fulminait.