Après une saison citadine, on goûta la fraîcheur du domaine tourangeau; puis l’automne préluda, les jours décrurent. Une sorte de bout-de-l’an involontaire se célébra dans les esprits. Nul n’y faisait allusion, mais pas un ne laissait de penser aux épisodes peu communs qui, deux années en arrière, avaient marqué la même époque et ricoché sur les mornes eaux de la saison des feuilles mortes.
Un matin d’octobre, Henriette revêtit un air inaccoutumé. On la sentait lourde d’une de ces nouvelles dont la ville ne ferait qu’une bouchée, mais que la campagne détaille parcimonieusement, pour prolonger peine ou plaisir.
Quand la prosaïque personne, devenue soudain presque mystérieuse, eut éloigné les enfants, sous un prétexte tiré de loin, elle délia sa langue:
«N’allez pas vous affecter outre mesure de ce que je vais vous apprendre—dit-elle à sa belle-mère, d’un ton à la fois autoritaire et pénétré—je m’empresse d’ajouter qu’il ne s’agit pas là d’un malheur.»
La Marquise interrompit son ouvrage, d’un geste de saisissement, dans lequel il y avait de la terreur de savoir et de l’avidité d’apprendre.
«Encore une fois, ma mère, ce n’est rien de sérieux... C’est seulement Adèle qui m’écrit que... Mademoiselle n’est plus.»
La Marquise poussa un léger cri et, du coup, laissa tomber son tricot presque dans l’âtre. Une odeur de laine brûlée se répandit par la chambre, et le bouton en cire à cacheter qui remplaçait la boule absente de l’aiguille d’écaille, fondit à la chaleur.
Satisfaite de ce premier effet, Henriette reprit, non sans une condescendante solennité: «La malheureuse fille devait périr victime de ses insanités; Dieu lui pardonne! n’en faisons pas moins. Vous vous souvenez de cette grotesque invention dont elle nous avait entretenus, son projet d’une École où les leçons se donneraient dans l’obscurité? Elle a trouvé la mort parmi les fondations de cet établissement insensé. Il y a une masse de détails.»
Monsieur le Curé et le ménage Demelly entraient à ce moment. Cette augmentation de son public enchanta Henriette, qui recommença le récit et en arriva aux fioritures.
Miss Winterbottom, en possession d’une petite fortune qui lui venait d’héritage et se grossissait de gains assez importants réalisés avec l’Intermédiaire du Chercheur, avait résolu de mener à bien la haute ambition de sa vie. Il s’agissait de l’établissement d’un pensionnat, dans des conditions toutes spéciales, basées sur de transcendantes observations et des raisonnements irréductibles.