Trente-trois éditions du petit roman d'un auteur pour dames, ont été vendues en trois jours, «un pareil succès fait date dans l'histoire littéraire», écrit un journal. Je le répète, ce qui a fait date dans l'histoire littéraire, c'est le premier volume de la Légende des Siècles.

Je ne sais plus qui félicite, je ne sais plus quel autre, d'être «sorti des brumes distinguées qui lui valurent l'estime de snobs, mais ne lui promettaient pas beaucoup de lecteurs.»—Entendons-nous, l'estime des snobs, ce n'est pas enviable; tant de lecteurs ça ne vaut guère mieux. Ce qu'il faut, ce sont les quarante têtes incorruptibles desquelles Rivarol a parlé, et qui ne s'inclinent pas devant le faux mérite, dont elles représentent l'épreuve. Est-il bienséant d'ajouter que Rivarol ne voulait peut-être pas parler de l'Académie?

Mais ceci ne représente que l'indifférence aux jugements obscurs et contradictoires de Démos; il y a mieux, il y a, non seulement l'acceptation, mais presque l'appétence de l'hostilité qui sauve de la dilution, de la débilitation par l'atmosphère louangeuse, mais préserve de la distraction, par l'éloignement, et assure l'élan par choc en retour. A ce propos, je sais peu d'aussi expressifs jugements que celui rendu par Marcel Proust, sur l'art et le caractère d'un de nos amis. Il mériterait d'être inscrit en italiques, dans un beau livre, pour l'éducation des jeunes gens qui croient au sourire: «vous vous élevez au-dessus de l'inimitié—lui écrivait-il—comme le goëland, au-dessus de la tempête, et vous souffririez d'être privé de cette pression ascendante.»—Ce n'est évidemment pas en faisant des risettes, guignant des rosettes et multipliant des courbettes, que l'on mérite de telles appréciations. Elles ne se dérangeraient pas pour si peu.

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Je tiens mes investigations soigneusement éloignées de tout ce qui pourrait toucher à la politique, quod a me alienum puto; mais enfin il y a des points par où la politique touche à la littérature. Alors, quand je lis, dans une feuille accréditée, que Monsieur d'Estournelles de Constant est «de toutes les erreurs», je ne puis m'empêcher de me souvenir qu'il s'agit d'un titulaire du Prix Nobel. Serait-il donc, lui aussi, sujet à l'erreur? Va-t-il falloir douter encore de celui qui a été attribué à Monsieur Mæterlinck? Il ne manquerait plus que cela!

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J'ai vu que de jeunes personnes avaient reçu un collier de perles (je ne dis pas Técla) pour avoir dit qu'elles voudraient être Monsieur Rostand, ou Napoléon; je ne sais plus bien lequel des deux. Tout dépend de la grosseur des perles. C'est donc, au fond, une question d'ostréiculture. Etre le premier paraît tenir d'une flammèche dont on pourrait dire: «dans flammèche, il y a flamme, et il y a mèche.» Etre le second (je veux dire Bonaparte) a des chances de rallier la faveur de Monsieur Masson, qui est bien appréciable.

Mais tout cela n'offre qu'un intérêt secondaire. Ce qu'il faudrait savoir, c'est ce qu'on eût donné à la dame, qui aurait voulu être Arthur Meyer.

Par ailleurs, de jeunes sportifs, consultés, ont répondu qu'ils voudraient être le boxeur Carpentier. Mais puisqu'ils ne le sont pas, on ne les voit exposés à recevoir qu'un collier de «paings».

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